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© Marc H. Morial

4 raisons pour lesquelles les communautés noires sont sévèrement frappées par le Covid-19

Temps de lecture : 7 minutes

Mis à jour le 12 avril 2020 à 7 h 55 min

Une analyse (du journal Washington Post) basée sur les données de diverses juridictions [des États-Unis] a démontré que le nouveau coronavirus est en train d’affecter — et de tuer — les afro-américains à un niveau disproportionnellement élevé par rapport aux américains blancs.

La majorité des contrées noires ont trois fois plus de cas d’infections et six fois le nombre de décès que celles des blancs selon l’analyse.

« Pourquoi est-ce trois ou quatre fois plus pour les communautés comparées aux autres communautés ? » demanda le président Donald Trump lors du briefing de mardi dernier à la Maison Blanche. « Cela n’a aucun sens et je ne l’apprécie pas, et nous procéderons à des [tests] statistiques probablement durant les deux à trois prochains jours. »

Mais en se basant sur ce que nous savons des inégalités dans plusieurs communautés noires, il est tout à fait concevable de comprendre pourquoi le virus à couronne est en train de tuer les noirs à un rythme plus accéléré que les autres races. En voici les principales causes :

1. Niveau plus élevé de conditions de santé sous-jacentes, et accès réduit aux couvertures médicales

Les données ont montré que les afro-américains détiennent le plus grand nombre de cas d’hypertensions, de maladies cardiaques, de diabètes, et des maladies pulmonaires. Le personnel médical affirme que le Coronavirus rend la tâche plus difficile lorsque les patients admis sont déjà atteints de ces maladies et c’est ce que l’administration Trump a avancé pour expliquer la disparité [entre les taux de décès] lors du briefing de mardi.

« La disparité sociale a toujours existé pour les afro-américains, d’autant plus avec la crise actuelle — c’est un coup de projecteur sur l’inadmissibilité de ce qu’elle représente » c’est ce qu’a déclaré mercredi, Anthony S. Fauci, directeur de l’Institut National des Allergies et des maladies infectueuses.

Uché Blackstock, un physicien qui travaille au site d’urgence de Brooklyn, a dit que l’existence des problèmes sociaux ont affecté disproportionnellement les communautés noires, rendant la tâche plus compliquée.

« Nous portons un lourd fardeau de maladies chroniques qui nous prédispose à des complications plus sérieuses » dit Blackstock.

Une étude de 2014 de l’Institut National de Santé révéla que les hôpitaux situés dans des quartiers à prédominance noire sont plus proches de la fermeture que ceux dans les quartiers à prédominance blanche, compliquant pour les afro-américains, l’accès aux soins à proximité de leurs domiciles

« Nous n’avons pas accès aux soins de santé, et quand c’est le cas, ce sont des soins de moindres qualités » dit Blackstock.

« Ils n’ont ni les spécialistes ni les ressources nécessaires pour traiter les patients atteints du Covid-19. Ce qui implique des biais, des études ont montré que les biais sont souvent favorables aux blancs aux dépens des personnes de couleurs. »

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2. Les afro-américains occupent beaucoup plus les emplois “essentiels”

Les noirs occupent généralement les postes qui nécessitent un rapprochement humain, rendant difficiles les mesures de distanciation sociale.

Selon des données du bureau du travail compilées par le Center for American Progress, les noirs sont en supériorité dans tout le pays en ce qui à trait à l’industrie du service alimentaire, les taxis et chauffeurs privés.

Preston Mitchum, responsable de la politique à URGE, une organisation à but non lucratif qui combat les problèmes liés aux principes libéraux, dit que les opportunités d’emploi disponibles pour beaucoup de noirs les mettent souvent dans des situations où le coronavirus pourraient les frapper disproportionnelllement.

« Les communautés noires ne sont pas moins socialement distancées que les autres communautés, et s’ils le sont, c’est parce que beaucoup d’entre nous sont des travailleurs essentiels ou des travailleurs temporaires pour survivre. Ces travaux réclament plus d’interactions entre personnes. »

Jason Hargrove, un chauffeur de 50ans à Detroit, a posté une vidéo qui est devenue virale, dans laquelle il pensait avoir contracté le virus après qu’un passager ait toussé à plusieurs reprises dans son bus sans se couvrir la bouche. Hargrove décéda moins de deux semaines après avoir posté cette vidéo.

« Il savait qu’il ne se sentait pas bien » déclare sa femme, Desha Johnson-Hargrove, dans Time magazine. « Ça l’a pris si vite que je suis toujours dans l’incrédulité. Il allait parfaitement bien — un gand gaillard d’un mètre quatre-vingt trois — avant ce jour. Ce jour changera ma vie à jamais. »

3. Insuffisance de l’information

Keneshia Grant, professeur de Science politique à l’université d’Howard, se base sur les relations entre les voteurs noirs et les élus locaux. Elle affirme que le manque d’informations provenant des élus a été un tournant dans l’expérience des noirs avec le coronavirus.

« À court terme, le problème n’est pas que les noirs n’ont pas compris les informations émanant du gouvernement. Le problème est que nous avions eu des informations mauvaises et inconsistantes de la part du gouvernement. Nous avions reçu des informations qui ne nous prenait pas en considération. »

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Grant dit encore que les messages mixés de l’administration Trump et de quelques gouverneurs d’états détenant une grande population noire portaient à confusion. La plupart des afro-américains — près de 60 %  — vivent dans le sud. Des états comme Floride, Alabama, Mississippi et Georgia sont tous dirigés par des gouverneurs dont les messages de prévention étaient souvent inconsistants avec la guide du gouvernement fédéral.

« Je crois que l’Amérique Noire, et la nation entière avait besoin d’un message clair de la part du gouvernement fédéral. » dit-elle. « Je crois que c’est spécialement vrai, parce que ça a pris beaucoup de temps avant que les noirs se voient représentés dans cette crise. »

« Un message fort et cohérent aurait été d’une grande aide vers la fin [de cette pandémie] » ajoute-elle.

Le Chirurgien Général Jerome M. Adams s’exprima au briefing de vendredi dernier à la maison blanche sur la façon dont les noirs sont victimes de manière disproportionnée.

« C’est alarmant mais pas surprenant que les gens de couleur ont un lourd fardeau de maladies chroniques » dit-il. « Le fardeau chronique de maladies fait que les gens de couleur sont particulièrement moins résilients face aux ravages du covid-19 et c’est possible – en fait généralement – que le fardeau des maladies sociales y contribuent aussi. »

Adams a parlé de la nécessité de mieux cibler les messages au sujet de l’importance de la distanciation sociale aux communautés de couleur, et ajouta que les besoins individuels dans ces communautés doivent respecter les marches à suivre.

4. Disparités de logement

Vedette Gavin, un des principaux investigateurs pour la Conservation Law Foundation’s Healthy Neighborhood Study, rapporta au The Fix que les disparités raciales à domicile mettaient la vie des noirs face à de plus grand risque d’attraper une maladie. Son organisation essaie de mieux comprendre et d’adresser les effets d’un changement de voisinage sur la santé dans la région métropolitaine de Boston.

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Une étude réalisée par l’université de Princeton en 2017, révéla que les enfants noirs étaient plus susceptibles de souffrir d’asthme parce qu’ils vivent dans des vieux immeubles, hébergeant des matières fécales et qui empestaient, se trouvant dans des quartiers ségrégationnés. Ces immeubles se situent près des grandes voies où se dégagent des particules nuisibles dans l’air.

Le centre de Contrôle et de Prévention des Désastres publia une information déclarant que les asthmatiques étaient les plus susceptibles de mourir du Coronavirus que les autres.

« Les gens de couleur sont susceptibles de vivre densément et dans des foyers multi-générationnels, ce qui crée un haut risque de propagation de maladies hautement contagieuses comme le Covid-19 », expliqua Adams.

« Il y a de grands problèmes avec les logements » dit Gavin. « Plus un logement ne respecte pas les termes sanitaires, plus le risque de maladies respiratoires et pulmonaires s’accroît » Ce qui amplifie la sévérité des symptômes pour ceux qui contractent le Covid-19. Les familles noires et hispaniques dans les centres urbains, tendent à doubler, voire tripler lorsque le loyer est élevé, rendant ainsi la distanciation [sociale] à la laison impossible. »

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Repéré sur : The Washington Post

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À propos Rodney Zulmé

Je suis Rodney Zulmé, rédacteur à Balistrad, étudiant finissant en Économie & Finances à l'IHECE. Passionné de scénarios et de thrillers. Chaque jour est une vie, à travers l'écriture, travaillons à la beauté des choses.
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