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Cette photo sert uniquement d'illustration à l'article | Daba Yague porte un masque lorsqu'elle se promène dans les cours du campus Tempe de l'Arizona State University après qu'un cas confirmé du nouveau coronavirus a été déclaré. | © PATRICK BREEN / The Republic

Confinement : décalage entre universités pour la poursuite des études en ligne

Temps de lecture : 4 minutes

Balistrad s’est renseigné auprès de différents universitaires à l’heure du confinement. Le Covid-19 n’a fait, selon toute vraisemblance, que creuser le décalage entre les différentes universités.

Les crises soulèvent d’abondantes interrogations autant par les émotions qu’elles provoquent que par la manière dont on les gère pendant et après. Le Covid-19 suscite quelques uns dans le domaine éducatif.

Nul n’est censé d’ignorer que la formation universitaire en Haïti est disparate. C’est comme une course de Formule 1. Personne ne démarre au même moment et la grande majorité peine à passer la ligne d’arrivée qui est le strict minimum du standing international.

La disparité entre nos facultés qui existait depuis une dizaine d’années, s’est accentuée avec l’arrivée du Covid-19.

Dahane*, étudiante en 3e année à UNDH-FSEP avoue n’avoir pas reçu d’emails ou de notes émanant de l’administration. Pourtant, la période de confinement a été déclarée précisément quelques jours avant le début de ses examens. Le même cas de figure est observé chez l’entité soeur, l’UNDH-FMP. Les étudiants en médecine affirment qu’il y a bien des tractations mais aucune mesure définitive n’a été prise pour le moment. Or, cette institution est appelée à former de futurs médecins, probables futurs soldats en première ligne contre l’ennemi COVID-19. La situation n’est pas différente à la FMP.

À INAGHEI, l’un des principaux fournisseurs de cadres administratifs du pays, la notion de télétravail est inconnue du bataillon. Même refrain à l’INUKA et l’Infotronique pourtant des établissements réputés dans le domaine technologique. Les étudiants des Hautes Études, de l’Université de Port-au-Prince et de la GOC sont, eux aussi, sans nouvelles.

L’ANDC était en grande partie en période d’examen avant le confinement. Les professeurs envoient des devoirs pour pallier la fin des examens mais pas de cours en ligne en vue jusqu’ici. Au CEDI, certains professeurs ont pris l’initiative de poursuivre leurs exposés sur WhatsApp et d’envoyer des devoirs. La démarche institutionnelle, elle, serait en cours.

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En dépit des difficultés, il y a quand même ceux qui submergent. À l’UniQ, par exemple, on utilise Google Classroom, les groupes Whatssap, Zoom. Aussi cours.unjf.fr pour atteindre les étudiants particulièrement ceux de la faculté des sciences juridiques et politiques de ladite université. La FDSE, elle, n’a pas pu suivre. Aucun contact avec les étudiants. L’Université Lumière, particulièrement sa faculté de médecine, continue ses cours en ligne. Ce serait même obligatoire pour certains cours selon quelques étudiants.

Le cas de figure est un peu différent au CTPEA où les professeurs appellent les étudiant·e·s et indiquent les thèmes à développer comme devoirs (En plus simple, ils rédigent des travaux de recherche) qu’ils envoient par courriels. À la question d’une possible existence de télétravail, Cluny*, étudiante finissante en planification a répondu hilare : « A ki kouran ? »

À l’Université Fondation Aristide, les étudiants disent que l’université a affirmé que les cours étaient en ligne mais qu’ils étaient jusqu’ici sans contenus. D’autres affirment que leur plateforme n’est pas encore fonctionnelle. L’Université Épiscopale d’Haïti est particulière dans la mesure où deux de ses entités indépendantes : la Faculté des Sciences de Réhabilitation et la Faculté des Sciences infirmières situées à Léogane poursuivent avec des cours en ligne. Pourtant à Port-au-Prince, c’est le silence radio.

Le MENFP assure qu’une plateforme numérique pédagogique sera lancée la semaine prochaine, comme l’exige le Partenariat Mondial pour l’éducation (PME) en contrepartie de 10 millions de dollars de financement. Néanmoins, elle concerne uniquement les écoles classiques. Admettons qu’ils réussissent à le mettre sur pied, qu’en sera-t-il du facteur énergétique ? Tout le monde en est au même point, pas encore mort (pour l’instant) à se poser les mêmes questions fondamentales.

“Faut-il faire une réforme en profondeur ? “

“Par où commencer ?”

L’écart abyssal entre certaines universités creusé par les épisodes de peyi-lock et par le coronavirus baisseront l’accessibilité au marché de l’emploi des prochains licenciés et réduiront les chances d’intégrer une prestigieuse université étrangère pour des formations plus poussées car ces dernières utiliseront des méthodes qui nous sont complètement étrangères.

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Le séisme nous a offert une opportunité de révolutionner nos habitudes de construction, nous ne l’avons pas (tous) saisies. Le Covid-19 nous offre un tunnel en plein milieu d’une année scolaire minée et visiblement nous n’allons pas nous faufiler dedans. Il s’agit d’abord de se recentrer en se rappelant qui nous sommes et savoir quels moyens avons-nous vraiment à notre disposition. Sans infrastructures adéquates, sans une connexion internet satisfaisante et sans les fonds nécessaires, la formation à distance demeure hélas, une utopie.

N.B :  Les noms utilisés dans cet article sont des noms d’emprunt
Campagne contre la désinformation | Stop infodémie

À propos Rodney Zulmé

Je suis Rodney Zulmé, rédacteur à Balistrad, étudiant finissant en Économie & Finances à l'IHECE. Passionné de scénarios et de thrillers. Chaque jour est une vie, à travers l'écriture, travaillons à la beauté des choses.
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