Accueil / Article / À la une dans Balistrad / Confinement : comment faire face aux impacts psychologiques ?
Les gens portent des masques comme mesure préventive contre le coronavirus. | © Photo : Shriram BN / EPS

Confinement : comment faire face aux impacts psychologiques ?

Temps de lecture : 4 minutes

Mis à jour le 10 avril 2020 à 15 h 07 min

Depuis la propagation du Covid-19, le mot d’ordre est lancé : confinement. S’il est total dans certains pays, il est partiel dans d’autres. Et depuis, plus d’un s’interrogent. Quels seraient les impacts psychologiques? Robenson Florent, psychologue nous en parle.

Depuis la montée incessante de la pandémie Covid-19, l’humanité se trouve menacée face à l’impuissance de la science médicale qui tarde à donner une réponse en raison de la nouveauté du virus et de sa transmission rapide. On est donc obligés de rester confiné suivant les consignes des autorités locales.

En attendant un traitement capable de porter un ouf de soulagement à cette situation qui marque un tournant majeur dans notre fonctionnement quotidien, les spécialistes du comportement se mettent à questionner les impacts psychologiques du confinement, et aussi sur la manière dont les gens pourraient s’y prendre pour ne pas être perturbés.

Impacts pendant le confinement

La façon dont nous vivons le confinement influe énormément sur notre mental : La rupture sociale, la frustration accumulée de ne pouvoir sortir etc. Le fait de devoir changer ses habitudes peut aussi provoquer de l’anxiété. L’anxiété qui, à son tour, va créer des effets secondaires comme la boulimie qui est un trouble du comportement alimentaire fréquent. Elle se traduit par des accès de consommation excessive de nourriture, en l’absence de sensation de faim ou de plaisir.

On peut aussi avoir une consommation de sucre excessive et donc un autre effet secondaire qui est la prise de poids, qui peut créer après des problèmes cardio-vasculaires. Ce sont donc des effets secondaires en cascade.

Il faut aussi surveiller : l’augmentation de la consommation d’alcool, ou le fait qu’il existe ou non un climat de violence à la maison. Car selon certaines études, les risques de violences familiales augmentent en période de confinement.

Parmi les autres problèmes psychologiques, on peut constater chez les personnes confinées: l’apparition d’un sentiment de frustration, d’irritabilité, de colère, d’ennui et d’impuissance croissant au fil du temps. Puisque tout à coup, notre présent et notre futur sont remis en cause; nous nous sommes vus dans l’obligation de nous confiner et ceci a changé nos plans, freiné net nos relations et modifié l’idée que nous nous faisions du lendemain.Il faut ajouter à cela, la peur de la contamination, autant celle d’être contaminé que de contaminer les autres.

Lire aussi :  Trop tôt pour se remettre à rêver de foot ?

Impacts post-confinement

Un confinement prolongé peut créer un syndrome de stress post-traumatique surtout chez les personnes qui ont eu un proche contaminé ou malade, ou bien qui ont été contaminées elles-mêmes. Les études ont montré qu’en Chine, après un mois de confinement, environ 7% de la population présentait des symptômes de stress post-traumatique : insomnies avec cauchemars, images mentales effrayantes intrusives et récurrentes, hypervigilance avec sentiment d’insécurité permanente, fatigue, problèmes de concentration…

D’une manière générale, la plupart des études montrent une prévalence élevée de symptômes de détresse psychologique et de troubles mentaux chez les personnes confinées, comme la détresse émotionnelle, l’épuisement émotionnel, la dépression, le stress, des troubles de l’humeur: l’irritabilité et la colère, l’insomnie, le syndrome de stress post-traumatique.

Personnes à haut risque

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik déclare que le confinement « n’a pas les mêmes conséquences pour tous, selon les facteurs de protection psychique qui ont pu être acquis ou qui, hélas, font défaut ». Il cite « ceux qui souffrent de fragilités psychiques antérieures, un traumatisme infantile, une enfance difficile, des conflits familiaux ou une précarité sociale. » Ils sont beaucoup plus exposés à des problèmes de santé mentale que les autres.

Comment y faire face ?

En l’absence d’intervention directe des professionnels de santé mentale, les gens confinés sont bien obligés de se prendre en charge. Il faut, tout d’abord, éviter de suivre à longueur de journée les informations sur le virus, simplement parce que trop d’informations tuent l’information.

S’il est évident que le développement des réseaux sociaux aide beaucoup à ne pas sombrer dans la solitude, l’ennui, il est aussi vrai qu’il est une arme à double tranchant. Car l’hyperexposition médiatique est un vrai danger, surtout pour les personnes anxieuses.

Donc, il ne faut pas se fier aux informations circulant sur les réseaux si vous ne pouvez vérifier les sources.
Ensuite, les gens confinés ne doivent pas rester inactifs. Il faut qu’ils se trouvent des loisirs en vue de s’évader: la lecture, écouter de la musique, s’occuper des tâches ménagères etc.

Lire aussi :  Confinement en Haïti : la prostitution va-t-elle diminuer?

La relaxation peut aider à faire face aux énergies négatives du confinement. La respiration est un exercice payant dans ces situations difficiles. Bien respirer permet de gérer le stress, d’oxygéner le cerveau et de mieux se concentrer.

Il faut penser également à l’après confinement, commencer à se fixer de nouveaux challenges, bâtir de nouveaux projets. Et grâce à l’Internet, on peut peaufiner ses connaissances, apprendre de nouvelles choses. Ce n’est pas parce qu’on est confiné que l’on ne peut pas avancer !

Et il ne faut surtout pas oublier l’activité physique, qui reste sans doute un meilleur remède contre les problèmes psychologiques. Car la santé mentale est intimement liée à la santé physique.

Enfin l’entraide, la solidarité, l’écoute, un temps de parole entre les gens confinés sous un même toit peuvent grandement apporter du soulagement contre les maux du COVID-19. Donc, éviter de jouer solo peut aider l’autre en lui faisant exprimer ses sentiments et donner son sentiment sur le virus. Un mal est toujours plus facile à supporter quand on est deux.

Robenson FLORENT

Campagne contre la désinformation | Stop infodémie

À propos Auteur invité

Les auteurs invités sont des contributeurs occasionnels auxquels Balistrad ouvre ses colonnes pour la publication de textes de réflexion sur des sujets divers. Si vous souhaitez vous aussi partager votre expérience ou votre vision, contactez-nous sur les réseaux sociaux ou sur contact@balistrad.com. Nous nous ferons un plaisir de les publier, s'ils sont conformes à la ligne éditoriale et aux standards de qualité de Balistrad.
x

Check Also

Retour vers la terre

Dans sa dernière adresse à la nation, SEM Jovenel Moïse demandait aux haïtiens sortant de ...