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La BRH, une cible facile

Temps de lecture : 4 minutes

Mis à jour le 16 août 2020 à 14 h 17 min

Le président de la République accuse le coronavirus et le peyi lock du déficit budgétaire. C’est facile. Cependant, les banquiers de la mère des banques doivent puiser dans leurs boîtes à outils à chaque crise économique.

Le grand public — pas forcément le plus avisé — attend d’eux qu’ils remédient tels les Avengers aux maux de l’économie. Or, seuls, ils ne peuvent rien. Normalement, on ne tire pas sur les pompiers, c’est la règle. On préfère plutôt tirer sur tout le reste, à commencer par les hors-la loi, les policiers anti-émeutes, et les politiciens corrompus…

La BRH est une cible facile alors qu’elle joue le rôle de pompier de service.

Le 7 août dernier, la BRH a sorti une note prévoyant une intervention sur le marché des changes à hauteur de 150 millions de dollars américains à compter du 10 août jusqu’à la fin de l’exercice fiscal. Si cette note avait pour but de ralentir – pas de stopper net – la chute de la gourde (HTG), elle a quand même suscité de virulentes critiques sur les réseaux sociaux.

Ces protestations interviennent quelques semaines après la sortie de la “fameuse” circulaire 114, concernant l’octroi de la gourde au lieu des devises lors des transferts sans contrepartie. Cette note était vue par la majorité comme une tentative de la part de certains pour se remplir les poches en dollars et fournir à la masse la gourde qui a peu de valeur.

Ces mesures sont décriées parce qu’elles ont l’effet d’une pierre envoyée en pleine mer, ça ricoche mais ça n’arrête pas le cours de l’eau. La BRH intervient principalement à cause d’un seul et unique problème : le déficit budgétaire.

Malheureusement dans l’économie, tout est lié, comme un château de cartes, tout s’écroule si les bonnes décisions ne sont pas prises à temps. Le déséquilibre budgétaire en soi n’est pas un problème. La plupart des économistes seraient d’accord pour considérer comme justifié un certain déficit du budget lorsque la conjoncture est déprimée (comme c’est actuellement le cas avec la Covid-19). Cependant, les conséquences d’un déficit budgétaire dépendent impérativement de la manière dont celui-ci est financé. Si le financement est essentiellement monétaire, on doit s’attendre à une croissance de la masse monétaire avec risque de dérapage inflationniste si les biens et services à disposition sont en quantité insuffisante (ce qui est notre cas avec une inflation de 23%).

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L’affluence de monnaie sans contrepartie a conduit à la dépréciation (120 Gourdes pour un ($1) dollar américain à la date du 15 août 2020). Par contre, si le déficit s’effectue par endettement, il existe un danger que celui-ci conduise à une augmentation avec pour conséquence, la réduction de l’investissement privé. Ce problème peut être important lorsque l’investissement privé est très sensible au taux d’intérêt. De plus, si les dépenses constatées au niveau des dépenses publiques ne sont pas efficaces, il faut revoir la qualité des dépenses (flotte de blindés déjà en panne, louer des hélicoptères pour le transport des haut-dignitaires au lieu de construire des routes, budget alloué pour les harengs aux parlementaires, caravane changement, etc.) et redéfinir les objectifs.

N’ayant plus accès aux prêts de l’extérieur depuis l’annulation de notre dette par les bailleurs de fonds, le déséquilibre budgétaire est essentiellement monétaire. Selon un article paru dans Le Nouvelliste avec des statistiques à l’appui, le financement monétaire a augmenté de 722% en un an. Passant de 4,14 milliards de gourdes le 24 juin 2019, le financement monétaire du déficit budgétaire du gouvernement par la Banque de la République d’Haïti (BRH) est passé à 34,04 milliards de gourdes le 30 juin 2020.

La BRH ne devrait-elle pas cesser le financement du déficit budgétaire ?

Elle aurait pu. Cependant quand on sait que certaines fois ces financements servent à constituer les salaires des employés de l’État – l’un des principaux employeurs du pays – qui doivent soit faire la grève soit fouler le béton pour obtenir quelques billets qui ne serviront pas à grand-chose vu le niveau général des prix, comment peut-elle refuser ? C’est tout un dilemme: respecter les principes économiques et se mettre à dos l’administration ou déroger aux règles pour permettre la réalisation de certains projets prévus dans le budget annuel et d’atténuer certaines douleurs socio-économiques.

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Au final, la Banque de la République d’Haïti ne fait que découvrir Saint-Pierre pour couvrir Saint-Paul et constitue pour la majorité, peu avisée, une cible facile.

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À propos Rodney Zulmé

Je suis Rodney Zulmé, rédacteur à Balistrad, étudiant finissant en Économie & Finances à l'IHECE. Passionné de scénarios et de thrillers. Chaque jour est une vie, à travers l'écriture, travaillons à la beauté des choses.
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