© EFE/ Orlando Barria

Que vaut le pouvoir d’achat du ménage haïtien ?

Temps de lecture : 4 minutes

Mis à jour le 25 octobre 2021 à 15 h 49 min

Lorsque le salaire ne pourra plus permettre à l’Haïtien de s’acheter les produits de première nécessité, que va-t-il faire ? Haïti n’est plus au bord du gouffre, le pays est tombé dedans.

À la fin du deuxième trimestre de l’année 2021, la FAO publiait une analyse du cadre intégré de la classification de la sécurité alimentaire, près de 4,4 millions de personnes étaient en situation d’insécurité alimentaire aigüe (mars-juin 2021), dont plus de 1,1 millions en situation d’urgence, ce qui représente 46% de la population analysée. Compte tenu de la situation dans le pays, ces chiffres sont susceptibles d’augmenter si aucune assistance humanitaire n’est fournie. Il n’a pas fallu attendre longtemps avant que la situation se corse.

Le salaire minimum en Haïti, s’élève à 500 Gourdes (soit $5,13 à l’époque) pour huit heures de travail en usine textile.Voté en 2019, cet ajustement était à l’époque, jugé insuffisant par les syndicats. Deux ans plus tard, ce salaire vaut encore moins avec la cherté des prix. Il devient de plus en plus compliqué de subvenir à ses besoins les plus élémentaires, alors que le pays traverse une crise sans précédente. La flambée actuelle des prix découle de deux mécanismes :

Le pétrole est un produit transversal

Crédit : Leon Tanguy – Maxppp

D’abord, de la chute continue de la gourde motivée par la recherche d’une monnaie refuge, principalement le Dollar Américain (USD). A court de dollars, le pays peine à importer suffisamment de carburant pour alimenter les pompes à temps, conduisant ainsi à la vulgarisation du gallon jaune et des vendeurs ambulants d’essence sur les trottoirs. Les prix ne sont pas fixes et n’observent que des variations positives. Le jeudi 21 Octobre 2021, le gallon de gazoline (3,78 litres) s’échangeait à plus de 1.000 gourdes soit $10 au taux référence BRH, alors que sur le marché dominicain, le même gallon s’achète en moyenne à 265.80 pesos soit $4,713. Donc un écart abyssal de plus de cinq dollars pour des carburants subventionnés par l’état qui pis est. Importateur impénitent de pétrole, à la traîne dans le développement d’alternative, le pays dépend essentiellement des arrivées mensuelles des tankers (bateaux pétroliers).

Lire aussi :  Guerre commerciale : Washington lance les hostilités vis-à-vis des Chinois

Lorsque la livraison est effectuée, les camions citernes peinent à trouver un trajet sûr pour faire le plein puis desservir les stations essence car ils sont souvent en proie aux attaques de bandits à l’entrée Sud et à l’entrée Nord de la Capitale.

Quand le carburant arrive finalement aux stations d’essence, ce sont des files interminables qui se créent. On doit jouer des bras et des coudes pour remplir son gallon. Parmi ceux qui s’acharnent se trouvent surtout des chauffeurs de transport public et des motocyclistes, les deux moyens les plus courants pour transporter la marchandise du commerçant d’un point à un autre.

Impossibilité de modifier son panier de biens

Crédit : Claude Dupras

​À la rareté de carburant, s’ajoute la crainte des grossistes de perdre leurs marges de profit dans un contexte de forte volatilité causée par l’insécurité. Ces grossistes souvent en proie aux extorsions quotidiennes des gangs de la zone et aux attaques contre leurs ravitaillements, haussent leurs prix souvent de manière arbitraire sous le regard passif des autorités.
Déjà en août, l’IHSI statuait là-dessus dans sa dernière note. Les produits qui ont surtout influencé le glissement annuel de l’IPC sont le riz (en moyenne 15.6 %), viandes (en moyenne 15.2 %), hareng (en moyenne 18.2 %), lait en poudre (19.0 %), l’huile comestible (20.2 %), citron (24.0 %), banane (15.7 %), pois (en moyenne 12.3 %) et sucre (en moyenne 14.4 %).

Théoriquement, le meilleur moyen de contourner l’inflation est la diversification de son panier de bien. Cependant, comment le ménage haïtien qui ne dispose que de 500 gourdes par jour pourra modifier son panier de biens? Son salaire quotidien est le prix exact d’une grosse marmite (3420g) de pois noir; là encore le prix varie dépendamment de l’endroit. La dépréciation de la gourde, la baisse violente de la production et la rareté de l’offre le condamne à répéter le cycle. Ces chiffres sont illustrés par une enquête effectuée durant cette semaine de grève.

Lire aussi :  Nouvel incendie de marché : Une réponse aux protestataires du week-end écoulé?

Les prix des produits pendant la rareté de carburant

En septembre, pour environ 18,9 litres d’huile comestible (un cinq gallons), il fallait 3 600 Gourdes, il faut désormais 4 000 Gourdes pour s’en approprier un soit une hausse de 11,1% dans les régions métropolitaines et 4 400 à Pétion-Ville (hausse de 22,2%). Le sac de huit (8) marmites de riz Mega, le riz importé le plus en vue sur le marché local se vendait au moins à 2 150 Gourdes en septembre maintenant si on ne dispose pas de 2 400 Gourdes minimum (hausse de 11,62%) on ne pourra pas l’acquérir dans la zone métropolitaine. Les prix varient évidemment dans les régions éloignées de la zone de débarquement des produits. Des variations alarmantes…

Au final, il est important d’ajouter que l’effondrement général du pouvoir d’achat des ménages n’aurait pas été aussi brutal s’il n’y avait pas l’inertie de la classe politique, corrompue, incapable de réformer le système qui les a arrosés jadis.

Partager ↓

À propos Rodney Zulmé

Je suis Rodney Zulmé, rédacteur à Balistrad, étudiant finissant en Économie & Finances à l'IHECE. Passionné de scénarios et de thrillers. Chaque jour est une vie, à travers l'écriture, travaillons à la beauté des choses.
x

Check Also

Dieu-Nalio Chery

Dieu-Nalio Chery, chasseur d’images : entretien avec ce photojournaliste qui immortalise des clichés

Au bout de son objectif se trouvent les ...