Witensky Lauvince, Un ciel sous nos pieds
Photos combinées : Witensky Lauvince et la couverture de son livre

Witensky Lauvince signe « Un ciel sous nos pieds »

Temps de lecture : 7 minutes

Mis à jour le 27 novembre 2020 à 14 h 08 min

Witensky Lauvince, jeune poète et auteur haïtien, a accordé une entrevue à Balistrad pour la sortie de son second roman « Un ciel sous nos pieds ».

Dans la ville de Leôgane, pullulent des champs de cannes à perte de vue mais aussi d’excellents manipulateurs de mots. Parmi eux, on retrouve Witensky Lauvince, plus connu sous le nom de « Le Scribe ». Il fait partie de cette nouvelle vague d’écrivains/poètes qui s’imposent fièrement sur les plateformes littéraires de la toile. Après avoir connu un certain succès avec « Les secrets de Laraque », cet étudiant finissant en droit à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques de Port-au-Prince nous revient avec son second roman.

(Rodney Zulmé) – Vous publiez sous le pseudonyme de « Le Scribe », qui fait plutôt référence au temps de l’invention de l’écriture, pourquoi aviez-vous choisi ce pseudonyme ?

(Witensky Lauvince) – En effet, « scribe » rappelle ces gens qui pratiquaient le métier de l’écriture. Ce pseudonyme recèle pour moi une histoire que je ne suis pas prêt d’oublier. Il y a quelques années, je participais à un camping d’hiver avec une association de jeunes. Lors des soirées culturelles, on se plaisait, un ami et moi, à envoyer des dédicaces : bouts de poèmes, phrases charmantes à l’attention des filles à fréquence répétée, si bien qu’on savait qu’il s’agissait de nous même quand on ne signait pas. Alors, une responsable nous appelait « scribes » à chaque fois. À cette époque, je commençais à partager mes poèmes avec mon professeur de littérature et mes camarades de classe à Saint-Louis. De retour en salle de classe, je me suis approprié le surnom et j’ai compris que je l’avais bien choisi lorsqu’après avoir présenté un texte en classe, j’entendais mes camarades crier : Le Scribe! Le Scribe! Et voilà depuis je chemine avec.

Comment vous est venue l’idée de publier ?

À mes premiers débuts dans l’écriture, je n’avais pas pensé à la publication. La publication semble avoir été un accident (survenu un peu tôt quand même) sur la trajectoire de mes œuvres car j’avais déjà des et des cahiers de poèmes que je déchirais parfois. J’écrivais surtout pour me libérer, créer mon autre monde et me guérir de mes maux. Je dois ma décision de publier à mon âme-frère écrivain Darwin Neil Phanord que j’ai rencontré sur les bancs de l’école. Ce dernier m’a insufflé cette envie sulfureuse et m’a fortement encouragé, après avoir, lui, publié deux romans avant même de quitter la Philo.

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Faites-vous partie d’un cercle, d’une association d’écrivain·e·s ? Si oui, laquelle? Depuis quand? Y tenez-vous un rôle particulier ? Est-ce que le fait de faire partie d’un tel regroupement vous aide à vous donner une visibilité, à mieux faire la promotion de vos livres, à avoir accès à des fonds, à participer à des événements publics ?

Je dois admettre que mon entourage déborde de jeunes plumes talentueuses que j’estime hautement. À part cela, j’appartiens à une structure littéraire assez prometteuse que j’ai créée avec Pradel Pompilus, des années de cela, du nom de « Le Club », auquel peuvent s’identifier plusieurs ouvriers de la plume tels que Jean Louis Clauvell Junior, Raphaela Lemaine, Billy Doré, Michaelle Charles, Luc Dufresne pour ne citer que ceux-là. Je suis également membre de PergolAyiti, véritable havre pour les jeunes écrivains de cette génération et OsezL’écrire, plateforme littéraire très intéressante et du regroupement des poètes de la promotion 2015 de Saint-Louis, Perficio Poètes. Je ne saurais nier que tout cela me constitue une véritable petite communauté littéraire qui me motive tant qu’elle évolue et tend ses ailes vers l’horizon. Mes amis, mon entourage immédiat restent incontestablement mon premier canal de communication pour avoir autant partagé mes textes et permis à d’autres personnes de lier connaissance avec ma plume.

Quand avez-vous publié votre premier livre ? Quel était le mode d’édition (éditeur et lequel, ou autoédition) ? Vous rappelez-vous votre sentiment lorsque votre premier livre a été publié ?

Mon premier livre intitulé « Le secret des Laraque » a été publié en 2016 sur les presses de l’imprimerie Media-Texte. C’est un roman qui est né d’une nouvelle demi-finaliste au concours de nouvelles Fièvre Rouge organisé à l’époque par l’écrivaine Jessica Fièvre qui nous avait visités à l’école. Des camarades de classe nous ont encouragés à y participer, quelques amis et moi. Je n’ai pas été primé mais mon frère de plume Casséus Joanico a remporté l’un des prix et a avivé notre fierté. J’ai décidé de publier le livre après la Philo, ce fut mon premier contact avec le public et une expérience enrichissante. Je venais d’avoir mes 19 ans pour ce début sur la scène littéraire et je garde encore un souvenir chaleureux de mon passage à Livres en folie, des émissions, des séances de vente-signature et de la fierté de mes proches. Entretemps, je me suis frotté à d’autres styles, j’ai travaillé sur plusieurs autres projets avant de finalement décider de publier mon second ouvrage, cette année.

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Justement, votre second ouvrage est intitulé « Un ciel sous nos pieds », parlez-nous en quelques mots ?

« Un ciel sous nos pieds » est l’histoire de nos jeunes frères et soeurs qui débarquent de la province pour prendre place dans la grande mêlée de la capitale, qui rencontrent la nostalgie, le brouhaha de la ville, l’amour, le désespoir, les dangers… et de ces migrants qui laissent Haïti à la recherche de cieux plus cléments. Tout au long du livre, il y a cet exercice de mobilité qui s’accomplit en permanence comme si l’homme ne pouvait se reconstituer que par le fait de repousser ses limites jusqu’aux confins du monde. Tableau de Port-au-Prince qui donne et prend, offre des possibilités mais peut également engloutir ces gens venus d’en dehors comme on dit, pour la plupart des âmes en proie à un mal existentiel et une solitude profonde dans une ville-anaconda, ville-cimetière, ville-tap-tap qui, parfois, court trop vite pour qu’on puisse tenir le rythme.

Est-ce que vous avez écrit ce livre pour une occasion particulière ou pour témoigner de quelque chose en particulier ?

Ce roman se veut témoignage, traces, mémoire… attention je n’ai pas dit autobiographie ! Mais j’avoue que ce roman sort de mes tripes, pétri de ma vie telle la lave qui jaillit de la bouche d’un volcan ; c’est en grande partie ce que j’ai vu, vécu, entendu, en tant que provincial à Port-au-Prince loin de tout ce que j’ai connu avant, que je livre. Il n’est jamais facile de se séparer de ce qui constituait le socle de sa vie pour se refaire, se réinventer selon les exigences du temps et de l’espace. Je suis passé par là et j’ai imaginé les milliers d’autres qui ont dû subir la même pression et qui, probablement, n’ont pas tous récolté la chance de s’en sortir plutôt bien comme j’ai pu le faire : l’élève du primaire qui quitte sa terre natale, l’étudiant qui entre à la faculté, le pauvre paysan qui se fait portefaix au marché, la petite campagnarde qui arbore l’habit de lessivière, femme de service chez les X ou Y pour survivre dans cette marée humaine qui emplit la capitale. Alors « Un ciel sous nos pieds » dit qu’il y a ceux qui arrivent à embrasser l’horizon alors que d’autres se retrouvent avec un ciel-tapis sous les pieds qui se déroule sans cesse et finit par les renverser. C’est la triste réalité !

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Comment le manuscrit a été reçu par votre entourage littéraire ?

De mes frères et sœurs de plume, j’ai eu des critiques très avisées. Avec la savante relecture de Michael Jean-Baptiste et Claire-Dorah Gaëtan, j’ai pu retravailler l’œuvre et ajouter certains passages qui n’ont fait que servir à la cause du livre.

« Un ciel sous nos pieds » est disponible depuis le 3 novembre 2020, sur Amazon au prix de $9,99. À quelle date est prévue la vente signature physique ?

À Port-au-Prince, j’attends le public nombreux le samedi 12 décembre au Centre Culturel Cinémathèque, Turgeau, pour une première vente-signature. C’est là notre plus proche rendez-vous. D’autres dates sont à venir et pour Port-au-Prince et pour les villes de province.

À noter que l’ancien de Saint-Louis de Gonzague, fortement traversé par le lyrisme figure parmi les finalistes du Prix International de Poésie- Sur les traces de Léopold S. Senghor avec son poème « Autopsie d’une existence brisée ».

À propos Rodney Zulmé

Je suis Rodney Zulmé, rédacteur à Balistrad, étudiant finissant en Économie & Finances à l'IHECE. Passionné de scénarios et de thrillers. Chaque jour est une vie, à travers l'écriture, travaillons à la beauté des choses.
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