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Le « chantage au téléphone » en pleine extension, les autorités traînent les pieds

Temps de lecture : 3 minutes

Mis à jour le 9 octobre 2020 à 1 h 50 min

On a connu MonCash, LajanCash, place à présent à une arnaque très fréquente en Haïti.

À l’heure du télétravail, les criminels n’ont pas commis l’erreur d’oublier de se mettre à jour. Sous le chapeau d’hier, on trouve une extorsion sous une nouvelle forme. Si la justice traîne, l’extorsion accélère à vitesse grand G (pour utiliser ce terme lié aux télécommunications). Désormais, il délaisse la méthode d’antan des lettres menaçantes pour se moderniser. Il a atteint l’âge de la technologie.

Ce mardi 6 octobre, ceux qui se rendaient à leurs activités à la rue des Casernes ont constaté avec stupéfaction à quel point les hors la loi étaient maîtres des lieux. Une affiche placardée sur leurs murs avec des indications formelles et précises sur le montant et le numéro sur lequel les propriétaires ou gérants devraient déposer la somme au risque de représailles. A noter qu’à chaque type d’entreprise correspondait une forme de représailles.

Depuis quelques semaines, plusieurs personnes reçoivent des appels provenant de numéros inconnus leur indiquant un montant à déposer sur des numéros affiliés aux services de portefeuilles MonCash ou LajanCash. Ces appels s’accompagnent surtout de la menace de kidnapping d’un proche — particulièrement bien décrit — ou encore par des menaces d’agressions physiques voire des menaces de mort.

En 2011, un partenariat Scotiabank et la Digicel a donné naissance à “Tchotcho Mobile”, devenu aujourd’hui “MonCash”, soit depuis l’année 2015. Il s’agit d’une solution de portefeuille électronique, disponible à travers votre téléphone mobile, vous permettant  d’économiser facilement, de garder de l’argent en sécurité, de faire des transferts et des retraits d’argent, de payer pour des biens et des services, d’envoyer de l’argent et de payer des factures. C’est au cours de la même année qu’a été lancé le portefeuille électronique « Lajan Cash », de la BNC, disponible sur le réseau Natcom. Le lancement de ce produit s’est effectué en mai 2015 dans les locaux de ladite compagnie en présence du Premier ministre de l’époque Evans Paul et de plusieurs grands hauts fonctionnaires de l’Etat.

En mars 2020, les services bancaires mobiles représentent désormais 57% de toutes les transactions traitées par FINCA Haïti.

Loin des fantasmes de l’investigation rapide véhiculés par les séries télévisées telles que «CSI» ou « NCIS», on peut tout de même s’attendre à mieux de la part des autorités judiciaires. En voici les raisons :

Chaque téléphone dispose d’un identifiant unique au monde appelé IMEI (L’International Mobile Equipment Identity), identité internationale d’équipement mobile en français, est le numéro d’équipement du mobile. Il permet à l’opérateur du réseau d’identifier le mobile appelant et de l’autoriser ou non à se connecter. La carte Sim est elle aussi répertoriée par un numéro à 14 chiffres appelé « International Mobile Subscriber Identity » (IMSI), identité internationale d’abonné mobile, en français. L’IMSI identifie de manière unique un client. À partir des numéros IMEI et IMSI, les autorités sont en mesure de retrouver la trace du propriétaire affilié au téléphone et les appels émis et reçus.

Si l’utilisateur se déplace sans être en communication, c’est la position du dernier appel qui reste en mémoire. À Port-au-Prince, il y a plus d’antennes relais que de centre de santé valable, donc la géolocalisation est plus ou moins précise.

Au terme de l’enquête, les communications passées entre les téléphones portables des criminels présumés devraient donc aider à comprendre le “système”. Et peut-être permettre de déjouer des projets à venir. Encore faut-il que les enquêteurs aient accès à ces précieuses données. Assez souvent, les agents de la Police Nationale d’Haïti rencontrent des obstacles administratifs émanant de l’exécutif ou du Parlement.

La PNH disposera pour l’année fiscale 2020-2021 d’une enveloppe de 16,7 milliards de gourdes, soit une augmentation de 5,7milliards par rapport au précédent budget ; quoique considérable, on peine à croire que cette enveloppe subviendra aux besoins structurels de l’institution afin de lui permettre d’établir la sérénité. Rappelons que la PNH n’a pas (encore) réussi à faire jaillir la lumière sur l’enquête d’un bâtonnier, dont le téléphone constitue l’élément clé pour la poursuite de l’enquête.

Si les portefeuilles électroniques représentaient une bouée de sauvetage pour les honnêtes citoyens dont les options de transport sont limitées par les environnements difficiles, ils constituent depuis peu une station balnéaire pour les hors-la-loi.

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À propos Rodney Zulmé

Je suis Rodney Zulmé, rédacteur à Balistrad, étudiant finissant en Économie & Finances à l'IHECE. Passionné de scénarios et de thrillers. Chaque jour est une vie, à travers l'écriture, travaillons à la beauté des choses.
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