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Le sens du Sacrifice à la mode de Valverde

Temps de lecture : 4 minutes

Mis à jour le 15 janvier 2020 à 20 h 19 min

Il suffit parfois d’un geste pour qu’une finale de football bascule. Un coup de tête dans l’abdomen de l’adversaire, une bourde du gardien de but, un tir raté à dix mètres du but, un penalty non sifflé ou encore un tacle à une trentaine de mètres des buts pour annihiler une occasion adverse. On n’a pas besoin d’être Machiavel pour savoir que la fin justifie les moyens dans ce sport qui est dirigé par la loi des résultats (cf : La dictature des résultats)

Pas besoin d’être un expert en étymologie pour avoir un brin d’explication sur le mot sacrifice quoique cette notion semble être méconnue des professionnels haïtiens. La preuve est qu’Haïti vient de gaspiller des milliards et des possibilités sur une décennie ; les uruguayens quant à eux, ont avancé sur ce point quitte à faire des actes anti-jeu pour assurer le succès de leurs co-équipiers.

Revenons dix ans plutôt, lors du mondial en Afrique du Sud, l’Espagne a certes été championne, mais le fait de jeu mémorable du tournoi fut la parade de Luis Suarez dans les ultimes minutes de la prolongation en ¼ de finale contre le Ghana. Cette parade reflexe digne d’un volleyeur a eu pour conséquences : l’expulsion de Suarez, l’annihilation d’un but Ghanéen, et le maintien de l’Uruguay dans le tournoi majeur de la FIFA.
Dimanche dernier, lors de la finale de la Supercoupe d’Espagne, un autre uruguayen s’est illustré. Il répond au nom de Federico Valverde. Après 114 minutes d’âpres combats contre les rivaux de l’Atletico Madrid, durant lesquelles il a touché 104 ballons, complété 69 passes (soit 90% de réussite), réussi huit (8) dribbles sur neuf (9), disputé quinze duels pour en remporter neuf, celui qu’on surnomme « el Pajarito » a fait un tacle, un seul et la finale bascula. Federico Valverde s’est sacrifié pas pour réclamer un ajustement salarial, mais simplement pour annihiler une contre-attaque de l’Atletico Madrid à la 115e minute de jeu. Hormis le fait que son tacle a eu le mérite de maintenir le Real Madrid toujours en vie dans cette finale, il a également le mérite de ne pas avoir cherché à blesser l’adversaire. Il a fait le croque en jambes qu’il fallait pour faire tomber Alvaro Morata qui filait droit au but.

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Conscient de son acte, c’est un jeune de 21ans, gêné par toute l’attention drainée par son acte héroïque – quoiqu’anti-jeu, qui déclare « Ce n’est pas juste ce que j’ai fait mais c’était la seule chose à faire pour l’équipe. Je m’en suis excusé auprès de Morata… » Pas sûr que son ainé Luis Suarez aurait eu l’humilité de faire pareil, lui qui a exulté de joie près du banc Ghanéen au moment où Asamoah Gyan, le ghanéen qui devait tirer le penalty, a raté le cadre.

Des journalistes qui n’ont jamais foulé une pelouse pour jouer au foot diront qu’il n’est pas un exemple puisque son tacle relève de l’anti-jeu et qu’il mérite une peine alourdie. Cependant quel joueur dans cette position en finale ne réagirait pas de la sorte? Diego Simeone, pourtant entraineur de l’Atletico Madrid, au terme de la finale, déclara à un reporter « Je lui ai dit de ne pas s’inquiéter, que n’importe qui aurait fait la même chose dans pareille situation. J’aurais fait de même. Le meilleur joueur du match fut Fede Valverde. Grâce à lui, le Real Madrid a remporté la victoire »

Une réponse lucide de la part d’un finaliste sur le vif. Car celui qu’on surnomme « El Cholo » pour sa fougue au bord de la pelouse a l’habitude de procéder à ce genre de fautes couramment appelé dans le langage du foot « fautes tactiques ». L’objectif n’est pas nécessairement de faire mal à l’adversaire mais de casser le rythme de son attaque et de se replacer en dépit du fait que cette faute peut valoir une sévère sanction de l’arbitre. Les clubs qui enregistrent le plus de fautes tactiques par rencontre sont l’Atletico Madrid bien évidemment et le Manchester City de Josep Guardiola car la possession à outrance qu’il inculque à ses joueurs impliquent une position haute sur le terrain et, du même coup, une vulnérabilité sur les phases de transitions rapides.

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Le tacle salvateur de Valverde sera immortalisé dans les mémoires comme le joueur qu’on expulse car il a décidé de se sacrifier pour les autres. Tant pis, il affronte l’expulsion sans trembler comme un dissident de la révolution française face à la guillotine. Son geste est au panthéon désormais diffusé au musée du Santiago Bernabeu parmi les gestes inoubliables d’un merengue au même titre que la demi-volée acrobatique (du gauche s’il vous plait) de Zinedine Zidane lors de la finale de la Ligue des Champions 2001 contre le Bayern Leverkusen. N’est-ce pas beau le football ?

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À propos Rodney Zulmé

Je suis Rodney Zulmé, rédacteur à Balistrad, étudiant finissant en Économie & Finances à l'IHECE. Passionné de scénarios et de thrillers. Chaque jour est une vie, à travers l'écriture, travaillons à la beauté des choses.
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