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Coronavirus : le gouvernement gère mal la crise

Temps de lecture : 5 minutes

Mis à jour le 5 avril 2020 à 12 h 43 min

21 cas officiels sont désormais enregistrés dans le pays. Des mesures sont édictées par le gouvernement depuis. Il n’en demeure pas moins que jusqu’ici rien ne montre qu’elles sont à la hauteur de la crise que nous traversons.

Vendredi 3 avril, nous étions plus d’un à entendre sur les ondes de la radio éclair le journaliste Lukner Désir (Louko) qui tenait des propos contradictoires par rapport à ceux du gouvernement au sujet de la propagation ou non du coronavirus en Haïti. Le journaliste semblait soutenir, entre autres, que la présence de la pandémie dans le pays relèverait d’un mythe. Pour la petite histoire, il n’est pas le seul à penser ainsi. Déjà, dès les premiers jours de l’annonce de la présence de personnes infectées, des gens criaient à l’arnaque disant que le gouvernement mentait. Dans ces temps difficiles où une erreur peut coûter la vie à des milliers de personnes, qu’en est-il vraiment ?

Ce qui fait avant tout douter, c’est le silence complet des autorités en ce qui a trait aux centres hospitaliers disponibles pour recevoir les malades atteints du covid-19. Alors qu’en Russie, en Chine ou encore aux États-Unis, des centres équipés ont été spécialement construits ou mis à la disposition des malades. Bizarrement en Haïti, aucun communiqué officiel n’est paru pour dire à la population: tel hôpital est à la disposition des malades, telle structure se chargera de la prise en charge. On reste dans le flou. On entend plutôt le très frustrant: « Appelez le MSPP en cas de symptômes » Et comme une chasse au trésor entre amis, la destination finale vous est communiquée à l’étape suivante.

Le ministère soutient que toutes ces mesures sont là pour protéger l’identité des malades et assurer leur sécurité. Bref, dans un pays où la population a lancé une chasse à l’homme contre un professeur d’université attendant les résultats de son dépistage, cela devrait se comprendre.

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Ensuite, le nombre de cas pose problème. Nous sommes déjà à trois semaines depuis les deux premiers cas. Le gouvernement dit que seulement 21 personnes sont infectées sur l’ensemble du territoire alors que la république voisine qui a un meilleur système sanitaire que nous (c’est dur mais il faut l’avouer) en était déjà à plus de 500 cas dès les trois premières semaines.

Il est vrai qu’officiellement nous n’en sommes qu’à 21 cas, mais pour rappel, le MSPP n’a effectué que 200 tests jusqu’à présent comparativement à un hôpital en Corée du Sud, qui a plus de 8000 malades, et qui a effectué plus de 100 tests en une journée. Bon… il ne s’agit pas de comparer l’incomparable ! En tout cas, vu que l’Etat ne fait pas du dépistage à grande échelle une priorité, on pourrait être à 1000 malades et on ne le saurait même pas!

D’ailleurs, avec la stigmatisation qu’on fait de la maladie, l’approche qui consiste à appeler le MSPP, puis 24 h plus tard, être entouré d’un cortège pour que tous nos voisins nous savent infectés laissent clairement à désirer. Cette raison à elle seule suffit pour ralentir le dépistage réel de la maladie.

Pour finir, il faut considérer les prises de décisions très controversées du gouvernement pour palier la pandémie. Là, c’est un point important, car comment ne pas douter quand le ministre de la santé se contente de seaux (bokit) pour combattre un virus hautement contagieux et qui tue par détresse respiratoire? Le gouvernement devrait faire l’acquisition de respirateur artificiel et d’oxygène liquide dans les jours qui viennent à ce qu’il paraît. Mais on aura attendu un peu trop vu qu’on a raté le carnaval et qu’on projette la distribution de cash via mon MonCash.

Devrait-on se préparer à crier au scandale ? Mais ce serait pour le moins compréhensible. Après tout, un certain gouvernement n’a-t-il pas préféré s’offrir des lampadaires surfacturés au lieu de renforcer l’Edh pour l’éclairage des villes? Entre nous, il doit y avoir un petit manuel listant les décisions foireuses à prendre au pouvoir.

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Bien que certains points portent vraiment à confusion, il reste un fait et il est déterminant: le coronavirus est bel et bien là. Là où la politique peut maquiller un fait, l’economie ne peut pas le faire. Et dans ce cas de figure, les décisions économiques sont sans appel. Aucun gouvernement digne de ce nom ne manipulerait autant l’information au détriment de l’économie nationale et internationale.

En effet, les mesures prises par l’équipe Moïse affectent aussi bien le pays que la République Dominicaine. Et en ce sens, un canular ne serait nullement toléré. De plus, la Banque mondiale ne fait pas don de 20 millions de dollars sur la base de rumeurs ou de coups montés. Comme on a pu le voir dans l’actualité internationale, les peuples italien et français n’ont pas pris au sérieux la propagation du virus et aujourd’hui le bilan de mort ne cesse de s’élever. En Haïti, on ne peut se permettre une telle erreur.

Oui, la façon dont les autorités gèrent la question laisse à désirer, mais il est de notre devoir d’avoir un comportement responsable (mettre le feu aux seaux reçus de l’Etat n’en fait pas partie). Restez chez vous, ne vous empêchera pas de faire valoir vos droits dans une démocratie. Écrivez des pétitions pour demander un dépistage à grande échelle, exigez l’achat de matériels sanitaires comme les respirateurs artificiels.

Le Coronavirus (Covid-19) est pour nous un test en tant que société et jeune démocratie. Passons le avec succès. Enfin, il est à espérer qu’on ne le ratera pas comme 12 janvier, le choléra ou 2004. En tout cas, nous filons déjà un mauvais coton.

DAJ

Campagne contre la désinformation | Stop infodémie

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