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2020, JoMo-manipulation pi rèd

Temps de lecture : 6 minutes

Mis à jour le 31 décembre 2019 à 15 h 06 min

2019 aura peut-être été l’année la plus mouvementée pour le président haïtien Jovenel Moise. De la politique de l’usure aux stratégies de manipulation de masses de Noam Chomsky, le président a retrouvé du poil de la bête. Son entrée aux Gonaïves, triomphale ou pas en est la preuve la plus flagrante…

Lorsque Noam Chomsky avait élaboré sa liste des « Dix Stratégies de Manipulation », il ne s’attendait sûrement pas à ce que ses préceptes soient utilisés dans un petit Etat que Bill Clinton prenait plaisir à appeler « the backyard of the United States» ( arrière-cour des Etats-Unis).
Qui plus est, est dirigé par un chef d’Etat incapable de commémorer les héros nationaux en dehors du périmètre du palais. Au début de son quinquennat, les détracteurs présentaient Jovenel Moise comme un joueur évoluant dans une ligue beaucoup trop importante pour sa carrure. Cependant, si l’ancien homme fort d’AGRITRANS s’est révélé un piètre dirigeant, il n’en est pas moins un habile manipulateur. La preuve, il a reproduit ces dix stratégies comme un bon étudiant.

1) La distraction : attirer l’attention du public vers des sujets non pertinents ou banals. De cette façon, on garde l’esprit des individus occupés.

Pile au moment où la lutte entama une autre phase, à savoir le recours devant le congrès américain, l’équipe présidentielle intensifia sa croisade contre diverses figures de la société civile. Dimitri Vorbe qui twittait à une fréquence comparable à celle de Donald Trump doit désormais regarder les locaux de la Sogener repeints aux couleurs de l’EDH. Elizabeth Préval, ex-première dame est poursuivie par la justice et les dossiers de Clifford Brandt et d’Arnel Belizaire relèguent la tension au massacre de La Saline et à la protestation, qui sont pourtant des problèmes graves (mis au second rang).

2) Créer des problèmes puis offrir des solutions.

Incapable d’assurer un service électrique adéquat – qui était pourtant promis il y a 27 mois- l’Etat, à travers la BNC, accorde du crédit pour acquérir des sources d’énergies alternatives qui ont pour conséquence finale d’enrichir les actionnaires de ces magasins, et d’accroître les chiffres d’importations. Une augmentation des importations qui, conjuguée à une diminution ou une stabilité des exportations, entraîne un déficit de la balance commerciale. L’autre illustration va dans le domaine de la sécurité. Le dispositif de l’opération « toile d’araignée » a été lancé pour ramener un semblant de sérénité dans les rues. Toutefois, ce dispositif a pour défaut de troubler la circulation dans un pays ou le parc automobile est supérieur au nombre de kilomètres de route en état.

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3) La stratégie de la dégradation

Dans un pays ou la moindre manifestation est infiltrée par des voleurs, des casseurs poussant certains entrepreneurs à transformer leurs entreprises préalablement saccagées en bunker, aucune réforme n’a été prévue dans la surveillance et la gestion de foule. Contrairement au CRS français, le CIMO ne dispose pas de moyens biométriques pour identifier les casseurs dans les manifestations et les caméras de surveillance ne sont pas orientées vers les bases de données de notre PNH. Ainsi, le président a pu avancer : « voyez ce qu’ils ont fait à vos activités, aidez-moi à les combattre en vous joignant à ma cause. »

4) La stratégie du différé
Elle consiste à présenter une mesure comme étant « douloureuse mais nécessaire » en obtenant l’accord du public dans le présent et l’application dans le futur.

Depuis quelques temps, la présidence a lancé une campagne pour rallier les indécis. Des termes répétitifs comme « wout la long men n ap rive ti pa ti pa » ou encore « ti rès la pou pèp la » sont des slogans qui fonctionnent, et dans le talk-show « Dialogue communautaire » qu’il vient de lancer, on ne peut pas nier que le président a fait forte impression. Cette tactique flatteuse a le mérite de faire audience – contrairement aux récents appels à manifester de l’opposition, et si le président n’avait pas déjà un passif de mythomane, il aurait pu gagner une autre élection rien qu’avec ses prises de paroles au cours de ce talk-show diffusé par de nombreuses stations TV. Dès lors, l’haitien lambda se dit donc qu’il est préférable de suivre un homme qui a un plan mais qui prendra du temps pour atterrir qu’un groupe d’hommes qui se disent “défenseurs du peuple” alors qu’ils n’ont pas plus la confiance du peuple que ce président accusé de corruption (voir sondage d’Ayiti Nou vle a)

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5) S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge.

N’avez-vous jamais suivi les interventions du président ? Celui qui ne dirige presque plus se mue en professeur de classe fondamentale quitte à faire des multiplications à deux chiffres en présence des journalistes lors d’un transfert des génératrices à Petit-Goâve.

6) Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion.

Elle est la technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. La subite révélation du président durant l’interview accordée à Télé Métropole, au sujet de cette marchande de la Gonâve, dont il aurait permis au misérable commerce seassea transformer en une véritable PME, a suscité beaucoup d’émotions chez les plus sensibles. Mais pourquoi un président en visite officielle pour inspecter des travaux aurait à bord de son véhicule une somme importante en liquide dans un sac-à-dos ?

7) Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise : Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage.

Cela fait bien des mois depuis la fameuse conférence de presse au palais national en plein soleil, qu’on suit le regard du président pour essayer de découvrir ceux qui constituent le système auquel il fait référence continuellement. Ce serpent à sept têtes qui empêche le pays de continuer sur la voie du durable et dont il a promis d’en couper au moins deux avant la fin de son mandat. Ne serait-il pas plus simple de divulguer leur identité et de laisser la justice faire son travail ?

8) Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Malgré l’insécurité et la paupérisation auxquelles la population fait face, le pouvoir en place encourage à travers des messages sur les réseaux sociaux et dans la presse à célébrer les fêtes de fin d’année comme à l’ordinaire tandis que la majorité de la population vit dans la pauvreté (1,90 dollar par jour, ndlr) et ceux qui étaient dans l’extrême pauvreté sont aujourd’hui dans la misère : il y a un déclassement au niveau de la pyramide sociale.

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9) Remplacer la révolte par la culpabilité.

Cette méthode consiste à faire croire à l’individu qu’il est le seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence/ses efforts.

« Si m te reyisi, ou menm tou ou kapab » résonne dans un des spots couramment diffusé pourtant il y a beaucoup de paramètres qui ne sont pas pris en compte. Aussi, nous assistons à la diabolisation de l’opposition avec comme argument la réouverture des classes, le petit commerce qui doit marcher. Encore un autre slogan : « kite peyi m mache ! »

10) Connaitre les individus mieux qu’ils se connaissent

Pourquoi croyez-vous que le gouvernement paie largement des lobbyistes ou utilise des artistes populaires? Ils savent où appuyer pour faire taire certaines voix et élever d’autres en faveur du pouvoir en place.

Cependant, ces stratégies pourraient s’avérer caduques dans un futur proche car la survie du Président Moise dépend du vote ou non de l’impeachment — mise en accusation ou procedure de destitution — à laquelle est confronté l’actuel président américain Donald Trump. Ce dernier, affichant une sérénité apparemment infaillible, le président pourra encore garder la main avec un parlement caduc et une opposition réduite pratiquement à rien. Le plein pouvoir, quoi ! Chapeau Jomo…

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À propos Rodney Zulmé

Je suis Rodney Zulmé, rédacteur à Balistrad, étudiant finissant en Économie & Finances à l'IHECE. Passionné de scénarios et de thrillers. Chaque jour est une vie, à travers l'écriture, travaillons à la beauté des choses.
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