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Afro-Américains jouant aux dés au bord d'un champ de coton, autour de 1900 – source : Library of Congress

Des champs de cotons aux violences raciales : le périple des afro-américains aux États-Unis

Temps de lecture : 10 minutes

Mis à jour le 14 mai 2020 à 19 h 16 min

Ahmaud Arbery, 25 ans, a été tué de sang froid par deux blancs alors qu’il faisait son jogging dans un quartier résidentiel de Brunswick en Géorgie. Ce meurtre rallonge la liste des jeunes noirs tués soit par la police soit par des personnes de races blanches armées.

De Mike Brown à Ferguson pour ne citer que ceux-là, la couleur de peau suffit pour être tué ou maltraité dans un pays où la proportion varie entre 85 armes à feu pour 100 habitants et un amendement constitutionnel qui reconnaît le port légal des armes, et la création des milices en cas de besoins.

58 % de personnes victimes en 2018 selon le figaro l’étaient par balles. La communauté noire n’en est pas encore au bout de sa peine. De l’esclavage en passant par la reconstruction, les mouvements de droits civiques aux brutalités policières, leurs vies sont continuellement menacées, d’où l’intérêt d’un retour sur l’évolution historique de cette communauté sur un territoire où le gouvernement doublé de l’establishment ne leur reconnaît pas l’humanité.

En plus d’être victimes du nouveau coronavirus, ils n’ont cessé d’être tenus en joue par les policiers ou les tenants de l’idéologie du “White Supremacist”.

La Conception de la nation par les américains blancs

Sur la plage de Coney Island, à New York.
Photo Brian Shumway. Redux-REA

L’une des raisons qui justifie la venue des quakers en Amérique, c’était le manque de liberté religieuse en Angleterre dirigée alors par Henry VIII. Fondateur de l’église anglicane, cette dernière était en contradiction face aux vues des quakers vivant en Angleterre à l’époque. Ils ne sont pas partis pour la richesse matérielle seulement, mais construire une nation selon leur culture. L’Amérique est devenue dès lors une colonie à la fois d’exploitation et de peuplement. Après la Guerre pour l’indépendance en 1776, les américains se sont attelés à organiser le territoire et promulguer une Constitution qui scellera pour toujours leur souveraineté en face du monde et de leur ancien colonisateur: l’Angleterre.

Une constitution pour qui ?

Les États-Unis qui se clament être un État de Droit, le champion des droits de l’homme et le leader du monde libre n’évoluent non sans ce que Ludovic Hennebel et Arnaud Van Waeyenberge appellent l’Exceptionnalisme américain. D’abord cet Etat ne se résout pas seulement à appliquer les normes internationales chez eux à cause de leur composition juridico-politique interne, ensuite ils obligent les autres États à en faire une plus stricte application sous peine d’ingérence et de sanctions économiques.

En interne, il faut suivre de près les mouvements sociaux sur le territoire américain pour remettre en question leur devise à pluribus unum (de plusieurs nous faisons qu’un) pour comprendre que le concept nation se limite aux descendants des occidentaux qui, par le biais de l’immigration, sont venus chercher le rêve américain. Les Immigrés des pays sud, la communauté noire et amérindienne (les autochtones) ne sont pas comptés, bien que ces derniers ont l’argument juridique concernant la nationalité américaine.

Socialement, ils ne sont pas intégrés. Ce déni d’intégration suscita vers eux-mêmes tous types de violence. La communauté noire en est la victime favorite.

L’esclavage des noirs aux Etats-Unis

Carte postale du lynchage de Duluth qui a eu lieu en juin 1920 via Wikimedia / Domaine public | Sur slate.fr.

Nicole Bacharan, une spécialiste des États-Unis, a écrit un texte intitulé: Les Noirs américains, des champs de cotons à la maison blanche. A travers cette production, l’écrivaine a retracé le parcours des noirs jusqu’à la magistrature suprême de la République des Etats-Unis. Mais notre conception de l’histoire reste au niveau populaire comme Howard Zinn. Parce que force est de constater que, les brutalités policières ont pris un tournant considérable sous l’ère Obama. On aurait même envie de dire que les pratiques sociales américaines ont voulu lancer un défi aux rêveurs de la communauté noire qui voyaient en Obama la réalisation du rêve de Martin Luther King. Mais le président en pleurs devant les caméras a montré une faiblesse doublée d’une colère d’un homme qui n’a pas pu mettre un frein à ces violences.

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Ils étaient une vingtaine de noirs esclaves débarqués sur les rives de la Virginie à Jamestown en Août 1619 selon l’auteure. Ces esclaves faisaient partie du fameux commerce triangulaire dans lequel plusieurs compagnies privées acheminaient biens, denrées coloniales, et esclaves vers les côtes européennes africaines et américaines. Ces esclaves travaillèrent dans les plantations de riz, de coton, du tabac et dans les fermes des États comme le Maryland, la Virginie et les deux Carolines. Les ports de la Nouvelle- Angleterre étaient la plaque tournante de ce système au profit de l’Angleterre. Mais le manque de liberté économique des planteurs dû par le Pacte Colonial d’alors les amèneront à entrer en guerre contre leur Métropole jusqu’en 1776 l’année de la proclamation de leur Indépendance.

Mais, le système intérieur ne changera pas. La liberté était seulement au profit des planteurs américains, et le système colonial qui faisait leur richesse demeure.

La problématique de l’esclavage aux Etats-Unis

Après l’indépendance, le Nord industriel et le Sud esclavagiste qui sont deux modèles économiques entrent en conflit. Ce qui ne laissa pas les noirs sans réaction. Ils se sauvèrent. Ils fuyaient les plantations Sud pour le Nord, mieux enclin à leur reconnaître leur humanité. Ils ignoraient que le capitalisme américain naissant du Nord avait besoin de bras pour faire prospérer son industrie. Ils fuguent parce que la mémoire historique américaine appelle le chemin de fers clandestin. C’est un réseau de route clandestin connu par les noirs libres et les marrons comme Harriet Tubman qui devaient acheminer les esclaves vers les États du Nord et le Canada.

Les États du Sud mécontents avec la capitale font Sécession à cause de l’esclavage, Lincoln, président américain d’alors procédera à l’affranchissement comme action politique visant à grossir les rangs de l’Union afin de gagner la Guerre de Sécession. En 1865, le Sud capitula et les noirs qui se croyèrent libres entrèrent dans une sombre période de leur histoire qui est la reconstruction.

La Reconstruction ou l’affirmation du “White Supremacy” 

Lincoln meurt assassiné en 1865, le 14 avril quelque temps après la signature du XIIIème amendement qui abolissait l’esclavage sur tout le territoire des Etats-Unis. Ses successeurs veulent à la fois maintenir l’Union mais également le noir à sa place.

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Comme compensation, il était prévu de leur donner 40 acres de terre et une mûle. Les noirs qui étaient illusionnés par l’effet de la Guerre de Sécession réclamaient droit de vote et propriétés, le gage de la citoyenneté pour l’époque. Mais en réponse ils furent séparés des blancs dans toutes les institutions et les aspects socialesy de la vie américaine. Cette reconstruction avait pour but de rentrer dans l’ère capitaliste moderne tout en gardant le Nouveau Libre dans le stade d’exploitation. Ce qui amena une autre période dite Ségrégation.

Le temps de la ségrégation

La ségrégation des noirs aux Etats-Unis commence au temps de l’esclavage, vers 1619, avec les “codes noirs” qui organisaient la vie des esclaves dans les champs de coton. A la fin de la Guerre de Sécession (1865), plusieurs amendements importants sont pris : l’abolition de l’esclavage en 1865, la citoyenneté, la protection de la loi et la propriété pour tous les natifs américains en 1868 et enfin le droit de vote en 1870. Mais les noirs ne sont pas encore et totalement les égaux des autres citoyens. Ici, une manifestation pacifique dans les années 60.

Sur le papier, dit-on, la communauté noire resta égale à la communauté blanche. Ils sont américains. Mais les enfants des noirs ne peuvent pas aller à la même école que ceux des blancs, fréquenter les mêmes espaces publiques. Même les relations interraciales sont interdites. On pouvait lire sur un restaurant :No pets no niggers (pas d’animaux domestiques ni de nègres). Tout pour montrer à quel point la ségrégation était cruelle à l’égard de la communauté noire.

En réaction, une élite noire émergea. Mais une élite divisée concernant l’appréciation du drame nègre aux Etats-Unis. Il y a d’un côté Booker T Washington ou la conciliation avec les blancs, il préconisait l’apprentissage des métiers manuels pour être utile à la société d’alors, disons pour une meilleure intégration. Ce qui lui a fallu le surnom d’oncle Tom (Qui symbolisait un noir au service des blancs). D’un autre côté, il y a W.E.B Dubois, universitaire et intellectuel qui voulait la contestation par l’apprentissage des métiers de l’esprit pour être égaux aux blancs et même les dépasser. C’est dans cette logique que la Première et la Seconde Guerre Mondiale surprennent la communauté noire qui s’engagent et trouvèrent l’essence même de la Liberté aux côtés des soldats européens contre le Totalitarisme Hitlerien.

A leur retour, ils s’engagèrent dans une lutte pour la reconnaissance de leurs droits. L’histoire retient cette période au nom de mouvements des droits civiques. L’arrêt Brown mit fin à la ségrégation le 17 mai 1954.

Les mouvements des droits civiques et la reconnaissance des droits de la communauté noire

Le discours de Martin Luther King : I have a dream

Rosa Parks, Martin Luther King, Malcom Mohammed Ali pour ne citer que ceux-là, sont parmi les figures emblématiques du mouvement.
Tout commença avec une vague de protestations contre l’arrêt Brown en 1955. Il se termina par l’assassinat de Emmett Till, citadin dans le sud qui était venu passer ses vacances et tué à cause d’une salutation à une dame blanche. Son cadavre a été retrouvé dans le Mississippi attaché dans une machine à tisser le coton (le symbole de L’esclavage).

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Dès lors, une vague de protestations venant de la communauté noire se grossit de jour en jour. Entre le refus de Rosa Parks, le Boycott des bus de Martin Luther King, la communauté refusait de se laisser faire. Les réactions des supremacists ne se font pas attendre. La crise scolaire de little rock où il a fallu la garde nationale pour accompagner des enfants noirs à l’école, la bataille de Birmingham etc. la lutte s’enlisa. Mais elle n’était pas unifiée. Entre les stratégies de non violence de Martin Luther King et le Black Power de Malcom X, la communauté, en deux fronts, s’est résolu à mourir pour l’effectivité de leur droit. Malcom X fut tué le 21 février 1965 et 3 ans plus tard le 3 avril 1968, ce fut le tour de Martin Luther King.

Il se trouve des fois que la mort est plus glorieuse que la Vie. Martin Luther King et Malcom X ont sacrifié leur vie pour une cause noble. L’un pour la non violence, l’autre pour la réponse proportionnelle aux violences sur la communauté ajouté à celles des black Panthers qui eux aussi se sont sacrifiés et ont balancé l’histoire sociale des États-Unis dans la période dite Reconnaissance.

La Reconnaissance ou l’affirmation des droits de la communauté noire

Un gouvernement qui ressemble à l’Amérique. Voilà les vœux gouvernementaux de l’administration Clinton. Pour une fois, la communauté noire se retrouve en un président qui porte leur discours. Les élections de 1992 ont vu la communauté de plus en plus représentée, le couronnement se voit dans la composition même du gouvernement de Clinton. Il nomma dans son cabinet 3 femmes et 7 hommes blancs, une femme et 4 hommes noirs, deux hispaniques. Il s’engagea également dans ce que l’histoire retient comme le renouveau amérindien avec les actions sociales et la coopération entre l’état fédéral et la communauté amérindienne et la mise de l’accent sur leurs problèmes environnementaux.

Enfin… vint l’ère Obama. Barack Obama président des États-Unis de 2009 à 2017 se tenait au dessus des barrières raciales. Il est fils d’un noir Kenyan et d’une blanche. Il fut élevé par des grands-parents blancs et épousa une femme noire.

En plus il est immigré à cause de sa naissance à Honolulu en 1961. Il représentait à lui seul la réalité de l’Amérique. Il a su être prudent pour ne pas réveiller les tensions raciales pour mieux les résoudre. L’ObamaCare comme système d’assurance santé agit en ce sens. Il reste l’un des anciens présidents les plus populaires des Etats-Unis. Mais les tensions restent palpables.

Les crimes commis sur Trayvon Martin en 2012, Michael Brown en 2014 ont commencé la série des policiers qui tirent sur les noirs jusqu’à nos jours. On ne peut oublier la fameuse histoire de I CANT BREATHE de Eric Garner en 2014. Face à une crise économique, des implications d’ingérence sur la scène internationale et les violences policières sur les noirs, c’est un président en pleurs qui dénonce les brutalités policières sur les noirs. Certains l’ont même sévèrement critiqué a cause du manque de support envers la communauté noire.

L’avenir de la communauté noire

Une femme en pleurs, à l’arrière du centre de soins de Wyckoff Heights, dans le quartier new-yorkais de Brooklyn. | BRENDAN MCDERMID, REUTERS

Victime en grande partie du nouveau coronavirus à cause de l’injustice sociale d’Etat, la communauté se lève en un seul homme contre le meurtre du jogger noir abattu par deux hommes blancs. Les armes et la brûlante question de la police contre les noirs sont ajoutées aux calamités qu’endure cette communauté en plus de la réalité carcérale dit nouveau Jim Crow où la majeure partie des prisonniers sont des noirs.

Avec la célébration de la loi Taubira qui dispose que l’esclavage est un crime contre l’humanité, il va falloir, pour résoudre le dilemme noir, commencer là où le blanc capitaliste a détourné la communauté noire sur les plantations par la poursuite du dialogue intercommunautaire et la prise de conscience de l’unité raciale surtout par rapport aux problèmes que connaît cette communauté en général.

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À propos Richecarde Celestin

Celestin Richecarde Juriste-Historien HumanRights Négritude Haïti
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