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Romeomania se fait une réputation en Afrique

De Léogane à Paris, le jeune artiste Romeomania se fait désormais une réputation en Afrique

Temps de lecture : 10 minutes

Mis à jour le 4 avril 2020 à 11 h 56 min

Né à Leogâne, Romeomania s’impose dans le continent africain et se fait un nom à travers ses productions. L’artiste a accordé une entrevue à Balistrad.

Nous en avons une pléthore, des artistes nés en Haïti qui ont brillé sur le continent africain soit par moment, au moyen des concerts que nous mettrons des années à oublier. On se souviendra de cette participation de BIC à la deuxième édition du World Music and African Arts Festival organisé au Maroc en 2017.

Pus longtemps encore, on se remémorera de Jean Jean Roosevelt qui a partagé la scène avec les plus gros noms d’Afrique dont Admiral-T et une collaboration avec Kareyce Fotso (Viens avec moi). Ces jeunes ont habilement porté l’étendard de la fille aînée de l’Afrique (Haïti) sur le continent aux milles visages. Le dernier en date, moins connu que ces derniers arbore une tendance nouvelle —L’Afrobeat — plus diversifiée et différente. Il vient de Léogane et il s’appelle Stafford Roméo Souverin.

Romeomania, de son nom d’artiste, est né à Darbonne (Léogane) le 19 Août 1989. Après quinze ans passés en Haïti, il a été obligé de gagner les terres antillaises suite au difficile contexte socio-politique du pays en 2004. L’ex protégé de Wendyyy Traka détient une formation en comptabilité et communication. L’interprète de  « Ça va aller » vit en France depuis plus de dix ans. Si sa carrière musicale solo a commencé à Paris, c’est en Afrique notamment en Côte-d’Ivoire qu’il va connaître le plus grand succès avec des opus les uns plus écoutés que les autres sur tout le continent africain.

Balistrad vous propose de faire plus amples connaissances avec le natif de Léogane.

Balistrad :Vous êtes né en Haïti pour ensuite gagner les terres françaises après avoir vécu en Guadeloupe. Pouvez-vous nous parler de votre enfance et des événements qui vous ont conduit à Paris?

Romeomania: Elevé par ma grand-mère car mes parents étaient à l’étranger, j’ai vécu une enfance très heureuse à l’avenue Santo sur la route de Darbonne avec du bon café coulé le matin et  « Akasan ak lèt ak Pen ». Mon quotidien était bercé par les discussions de football à longueur de journée. C’est en 2004, après les troubles politiques incessantes, que mes parents ont décidé de me faire déménager définitivement aux Antilles françaises.

J’aimais la vie en Haïti, la gastronomie (banann peze ak pikliz, diri kole ak Legim) le feeling des écoles, jouer au football à longueur de journée. Je n’étais pas content de partir si tôt. Après quelques années difficiles sur le plan professionnel en Guadeloupe et une expérience aux Etats-Unis, j’ai décidé de partir en France pour construire un avenir parce qu’en Europe les opportunités sont plus nombreuses.

B: Ayant vécu entre les quartiers chauds de la Guadeloupe et une banlieue parisienne, à quel moment de la durée vous êtes-vous rendu compte que vous êtes fait pour la musique ou l’inverse ?

R: Avant j’écrivais des poèmes mais à aucun moment de ma vie je ne prétendais être artiste mais ma rencontre avec Wendyyy Niggaz (comme on l’appelait à l’époque) va tout changer.

Il voulait créer un groupe constitué d’haïtiens en Guadeloupe et comme on était déjà une bande d’amis, il m’a dit : « depi w gen vwa ou kapab chante, se odas pou w mete » et j’ai répondu :  « Ah bon sa w di m la ! Eben m pral, je rappe, veye m », c’était notre façon de parler. Je n’ai jamais oublié ce moment.

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C’était au début de 2008 après mon retour de Miami et on a formé le groupe Washla avec six rappeurs majoritairement léoganais à l’exception de Marckendy qui était de Delmas 3.

B: Qu’est-ce que vous avez à partager avec nous sur l’expérience faite avec Washla et Wendyyy?

R: Washla fut ma première grande expérience dans un groupe avant de créer la Team Mania plus tard avec Dj Bookey Mania à Paris. J’ai tout appris de mes potos de l’époque surtout Marckendy qui me racontait tous les jours l’histoire du Rap Kreyòl, la concurrence, la façon qu’on structure une musique, comment faire un refrain, comment développer le sujet et parfois se battre contre les autres rappeurs aigris de notre succès car Washla était, sans prétention, le seul groupe de Rap haïtien respecté en Guadeloupe.

Wendy était le leader et producteur du groupe, le cerveau même. On l’aimait beaucoup, il nous poussait à écrire des couplets en bétons sans toujours nous donner le texte. Certains du groupe pensaient qu’il était égoïste mais moi j’ai toujours vu cela comme un défi, un apprentissage pour que je devienne fort dans le domaine également. Il disait que ce n’est pas tous les jours que je serai avec vous. Ce qui m’a le plus marqué en lui c’était sa facilité à s’inspirer et trouver les refrains rapidement et sa dureté envers lui-même.

Parfois il finit d’écrire un couplet digne d’aucun autre rappeur mais l’instant d’après, il déchire la feuille et il recommence en disant « Fòm j’écrase yo, sa poko bon, fòk m bèl ». Je savais que Wendyyy allait percer au plus haut niveau dans le Rap Kreyòl et qu’il serait le Pelé du Rap et pour vous faire une confidence c’est pour cela que j’ai choisi dès la dissolution du groupe de me perfectionner dans la musique internationale. Je savais que personne ne pouvait exceller comme lui dans ce domaine. Voilà aujourd’hui, je deviens une idole pour certains jeunes dans toute l’Afrique francophone.

B- Quels sont les passe-temps de l’artiste Romeomania et ses habitudes de vie ? Que faites-vous hors des studios d’enregistrement ou les scènes de performance?

R: Hors des studios, je suis également un jeune homme accompli socialement. Je travaille dans la relation internationale, j’aide aussi des artistes à se développer sur les réseaux. J’aime passer du temps avec ma famille et mes amis en sortant découvrir des beaux lieux repérés sur internet.

Mais la majorité de mon temps, je le passe devant la télé à suivre les différents championnats européens ; depi se foutbòl m la, rele m tizè boul. Je joue aussi le samedi matin avec les frérots pour réciter ce que j’ai vu à la télé. Si la sélection nationale a besoin de moi, je suis là (rires…)

B: Pourquoi la tendance Afrobeat ? Quel était le feed-back après la sortie du single “Laisse ton numéro”?

R: Je me retrouvais très vite en essayant ce style car l’afrobeat offre beaucoup de variations et possibilités (Afrodancehall, Afropop, Afrodance, Afrodécalé, etc…). Tu n’es pas obligé de chanter l’amour comme dans le Konpa pour espérer faire un gros tube.

Tu peux faire passer des messages plus universels en amusant les mélomanes. C’est une musique où le flow stylé compte beaucoup, tout ce que Wendyyy m’avait appris au début.

« Laisse ton numéro » était mon premier single accepté dans le réseau africain, donc ce titre était le coup de grâce, je me voyais sur des chaines de CanalSat Afrique, j’étais fier. Je pense que le sujet  « Laisser son numéro de téléphone » a branché les jeunes rapidement car c’est quelque chose qu’on utilise au quotidien.

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B: Non sans peine, nous l’imaginons, votre carrière en solo prend une tournure extraordinaire, parlez nous un peu du début? À quel point était-ce compliqué?

R: Je suis arrivé en Afrique pour la première fois en Août 2015 plus précisément à Abidjan (Côte d’Ivoire). Au commencement, les médias m’ont refusé quinze titres que j’avais enregistrés à Paris avec mon associé Dj Bookey Mania.

Je pensais que j’étais trop fort, que j’avais des hits en main mais l’industrie afro m’a tout de suite refroidi  « Yo bese vwa m rapid vit ». Il fallait recommencer à produire des sons adaptés au marché africain mais le problème c’est que je n’avais pas encore de contacts pour produire et réaliser des vidéos sans compter que j’étais totalement inconnu parmi des grosses pointures locales.

Il m’a fallu deux années pour réunir une équipe qui voulait adhérer à mon projet et à ma vision. J’ai pu sortir mon premier projet afro en Janvier 2017 mais c’est un an plus tard, grâce à mon réalisateur Bouba Atkins, que j’ai croisé Shado Chris avec qui j’ai collaboré sur  « Tague-moi  » qui m’a donné une première vraie popularité. Par la suite, je commençai à connaitre du monde et tout devenait plus simple pour évoluer.

B: Vous vous faites un précieux nom actuellement sur le continent aux milles visages. Comment vivez-vous cette expérience sur le plan personnel du fait qu’il s’agit d’une terre ancestrale ?Pensez-vous que cette expérience va perdurer?

R: Je ne fais aucune différence en vérité, je me sens à l’aise comme si j’étais à Léogane car lakay se lakay. Je pense que c’est l’endroit au monde que je kiffe le plus avec Paris et la Floride. Pour des milliers de jeunes je suis un ivoirien de la diaspora  « Pafwa m tou pran l nan kite l mache a lè y ap di m yo fyè pou jan m ap fè fyète peyi a ».

Je pense que pour perdurer cela dépend de mon travail fourni et de la volonté de Dieu car à ce jour, je suis entouré de professionnels, mes sons sont dans toutes les playlists des grandes chaines de radios et télévisions. Je me suis retrouvé sur TV5 Monde, Trace Africa, MTV et tant d’autres un peu partout sur le continent.

B: Vous êtes haïtien d’origine. Gardez-vous contact avec vos relations d’antan ? Avez-vous des projets en lien avec le marché haïtien?

R: Oui, rien n’a changé dans mes relations d’antan. Mes amis restent mes amis même si parfois c’est difficile d’être présent pleinement pour eux parce que dans la musique on se fait trop d’amis dans les différentes branches de l’industrie surtout quand tu commences à percer et les anciens amis ont tendance à te reprocher du manque de temps que tu les accordes. Mais c’est le prix à payer pour faire ce métier.

Je sais tout ce qui se passe dans le HMI, j’en ai des amis artistes très connus et d’autres moins populaires avec qui je discute beaucoup sur WhatsApp. J’ai même des projets en cours avec des artistes du pays dont un son qui est déjà bouclé ainsi que la vidéo mais le contexte actuel (la pandémie) retarde la sortie.

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Auparavant, j’ai eu un featuring avec Costy Jay et Fannkè Beat «Je ne t’oublie pas » qui est un enfant de Léogane et très talentueux également.

B: D’après plus d’un,  « Ça va aller » est votre plus grand hit et vous affirmez vous-même que cet opus a changé votre vie. Comment ? Ce son vous a-t-il ouvert d’autres portes?

R: Ce son m’a propulsé dans le fameux classement des 30 plus grands hits sur le continent entier parmi les Yémi Alade, Davido, Serge Beynaud, Mr Eazi, Wizkid, Chidinma, Flavour.

L’émotion était énorme pour moi! J’ai même versé des larmes devant ma télé et je me demandais : « Èske se mwen vre? » J’ai reçu des messages de félicitations de certains artistes haitiens comme Mikaben, Madmax, Dug G, Shabba, KOWKOW, Ti Gary, Gazzman Couleur ou encore Manno Farinen.

Le message de Mikaben m’avait touché particulièrement car il est un de mes idoles d’enfance depuis le temps du concours de « Chante Nwèl ». Il m’a dit :  « Bro felisitasyon, m renmen travay w ap fè a, lè yon jèn ap f on bèl travay fòk nou menm ansyen yo nou pa pè vin di l sa paske se yon gwo ankourajman li ye ».

Ça va aller m’a permis d’avoir plus de sollicitations scéniques et d’être reconnu dans la rue par tous les jeunes. Je suis devenu un artiste respecté par les grands acteurs du milieu. Cela facilite les collaborations et demande de services. Maintenant je ne peux rien faire discrètement sur le continent sans être repéré.  « Erezman m pa p chèche anko sinon m te mele (rires…) ».

B: Vous travaillez en ce moment dans les studios du label “Star Factory Music”, dirigé par Serge Beynaud, une grande légende de la musique africaine . Parlez nous en svp ?

R: « Star Factory Music » est le label le plus respecté de la Côte d’Ivoire. Mon arrangeur officiel Moctar Tosh vient de là-bas. C’est lui qui, un beau jour, m’a invité à venir visiter et discuter d’une collaboration parce qu’il aimait mon style musical. Très vite le courant est passé, on a fait deux sons en un mois : Avancer et Ça va aller dont tout le monde connait le succès.

J’ai pu également me rapprocher de Serge Beynaud qui est très sympa qui m’a donné beaucoup de conseils et un retour d’expériences sur son parcours dans le Game.

B: Un dernier mot pour tous ces jeunes haïtiens qui rêvent de gravir les échelons comme vous ?

R : J’ai envie de leur dire qu’il n’y pas une vérité absolue sur ce que les gens pensent de votre talent. Chacun aura son histoire, il faut juste y croire et travailler de manière acharnée pour faire sa place. Soyez audacieux, tentez de nouvelles choses, n’ayez pas peur de l’échec car en réalité vous apprendrez de chaque erreur pour vous améliorer plus tard.

Vous n’avez pas besoin d’être le meilleur mais juste le plus résistant et le plus persistant. Mettez votre confiance en Dieu et ouvrez votre cœur aux autres, n’oubliez pas que vous venez d’un pays qui a écrit l’histoire, SOYEZ UNIS pour être plus forts. « Je vous aime beaucoup jeunesse de mon pays et de ma ville »

Balistrad souhaite que la route de Romeomania soit parsemée de plus de succès et une très longue carrière.

Propos recueillis par Wood Guerlin TELLUS

Campagne contre la désinformation | Stop infodémie

À propos Wood Guerlin Tellus

Je suis Wood Guerlin TELLUS, étudiant en Sciences de Réhabilitation ( Ergothérapie ) à l'Université Épiscopale d'Haïti.
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