Jovenel Moïse a été tué chez lui, tôt mercredi matin. Photo : Alejandro Cegarra

Assassinat de Jovenel Moïse : Haïti sombre un peu plus dans le chaos

Temps de lecture : 5 minutes

Mis à jour le 7 juillet 2021 à 20 h 37 min

Mercredi 7 juillet 2021. Il est minuit et Pèlerin 5, où réside le président Jovenel Moïse, dort. Non, pas totalement. Des intrus sillonnent la zone. Il s’agit d’un « commando d’éléments étrangers » lourdement armés. Aux environs d’une heure du matin, le commando donne l’assaut, avec pour cible : le Président de la République. Les hommes armés sont dans le viseur de… pas de l’USPGN, de l’ANI ou des Forces armées d’Haïti. Ils sont dans le viseur des voisins des Moïse, munis de leurs téléphones qui nous gratifient des seules images amateurs de l’événement.

Président Jovenel Moïse, accompagné de son épouse, Martine Moïse.

Martine Moïse blessée

Dans les vidéos, une voix d’Homme scandant en anglais, à travers un mégaphone : « Opération de la DEA ; tout le monde, restez à couvert, déposez les armes ». DEA, pour Drug Enforcement Administration, l’agence fédérale américaine chargée de lutter contre le trafic de drogues. La DEA serait-elle réellement impliquée dans l’assassinat du président ? Non, selon l’Ambassade américaine, contactée par AyiboPost. Elle dénonce des « allégations fausses », tout en condamnant « cet acte odieux ».

En tout cas, les hommes armés ont réussi sans résistance (pas même un Pierre Sully ?) à pénétrer le domicile privé de Jovenel Moïse et à l’assassiner. Sa femme, Martine, est blessée et elle est hospitalisée. Selon AFP, citant l’ambassadeur haïtien aux États-Unis Bocchit Edmond, la Première Dame sera évacuée à Miami pour être soignée.

Une enquête ouverte en République dominicaine

Quelques heures après le drame, le PM de facto Claude Joseph lance, à travers un point de presse, un appel au calme, en essayant de rassurer que « la situation est sous contrôle ». Néanmoins, on ignore les premiers éléments de l’enquête et les assassins sont encore dans la nature. Selon Edmond, on ignore s’ils ont déjà laissé le pays ou s’ils y sont encore. « S’ils ne sont pas dans le pays, il n’y a eu qu’une seule façon pour eux de partir et c’est par les frontières, car il n’y a pas d’avion », affirme l’ambassadeur.

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Cette hypothèse fait l’objet d’une enquête en République dominicaine. Diario Libre, un journal local, rapporte que « les autorités dominicaines enquêtent, pour confirmer ou infirmer, une théorie qui soutient que les assassins du président haïtien Jovenel Moïse ont utilisé la République dominicaine pour fuir Haïti ». Toujours selon le journal dominicain, le commando serait constitué de quatre Colombiens et de trois Vénézuéliens.

Tôt dans la journée, le président dominicain Luis Abinader a ordonné la « fermeture immédiate » de la frontière et le plan Gabion a été activé, lequel prévoit « le renforcement de la patrouille aux points critiques de la frontière avec des troupes d’unités spécialisées ».

Jovenel Moïse, le président d’Haïti, s’adressant aux médias lors d’une conférence de presse le 15 octobre 2019. REUTERS/Andres Martinez Casares

Un dossier de plus

Du côté haïtien, un juge et des agents de la police scientifique étaient sur la scène de crime pour effectuer les constatations et les prélèvements. Une enquête a été ouverte, et celle-ci risque de faire oublier l’assassinat de la militante féministe et activiste politique Antoinette Duclaire et du journaliste Diego Charles, ainsi qu’une quinzaine de personnes, dans la nuit de mardi à mercredi 30 juin. Ces crimes s’inscrivent malheureusement dans un contexte d’insécurité généralisée créée, en partie, par la ganstérisation du pays.

Les gangs, en complicité avec des acteurs politiques et économiques, n’arrêtent pas de terroriser la population, de causer des tueries, des massacres entraînant des dizaines de morts, des blessés, des femmes violées, et maintenant des milliers de déplacées. Et voilà qu’aujourd’hui, cette spirale infernale frappe le principal gérant du système, sa « face visible ».

L’anarchie !

Haïti se réveille donc sans président, quasiment sans parlement, avec un pouvoir judiciaire amputé, etc., mais avec deux Premiers Ministres : Dr Claude Joseph, qui semble tenir encore les clés de la Primature et « contrôle » la situation, vient tout juste d’être « remplacé » par le nommé Ariel Henry ce lundi 5 juillet 2021. M. Henry bénéficie du dernier décret illégal de Jovenel Moïse accordant « décharge pleine et entière aux anciens Premiers Ministres et aux ministres ayant servi le pays durant la période 1991 à 2017 ».

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Selon la Constitution de 1987, « il revient à la Commission bicamérale de décharge, composée de sénateurs et de députés de statuer annuellement sur la gestion des membres du gouvernement et non sur la demande de décharge produite par ceux-ci », rappelle le professeur Sonnet Jean-Louis. Et sans la décharge, Henry ne pourrait pas être nommé Premier Ministre.

Qui dirige ?

Ariel Henry est nommé, mais il n’est pas encore installé dans ses fonctions. Et les mots utilisés depuis le drame par Joseph montrent que tout reste entre ses mains (au moins pour le moment). Sans Pouvoir judiciaire et Pouvoir législatif fonctionnel, avec des PM a.i., c’est le flou total. Voilà ce que cela donne quand un président décapite toutes les institutions d’un pays !

En attendant, les messages de sympathies venant du monde entier, et de tous les camps, continuent de pleuvoir sur Haïti. Le président colombien Iván Duque appelle à une mission de l’OEA et le département d’État américain, lors d’un point de presse, appelle à maintenir les élections législatives et présidentielles prévues pour le 26 septembre. Le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra jeudi une réunion d’urgence sur Haïti, selon AFP, citant des sources diplomatiques.

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