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“Noël 2019”, un Noël différent pour le secteur du divertissement

Temps de lecture : 5 minutes

Mis à jour le 24 décembre 2019 à 7 h 56 min

Pour beaucoup de gens, Noël constitue un moment de réjouissances. Pour cause, tous les prétextes sont bons pour s’amuser, sortir en famille ou entre amis. Les promoteurs et les artistes le savent et en général, ils donnent aux fêtards les moyens de festoyer. Bal, concert, festival, soirée de gala, plusieurs formats sont utilisés afin de pousser les gens à sortir de chez eux. Cette année, le tableau change. La conjoncture socio-politique modifie la donne. Interrogés par Balistrad, des promoteurs, artistes et fêtards partagent leurs considérations autour de cette période qui charrie beaucoup d’évènements.

Une période concurrentielle

« La période de Noël est très concurrentielle de manière générale mais surtout dans le milieu évangélique. », selon Louibert Meyer co-gérant de Concept Event Master (CEM), l’une des productions du milieu évangélique. « Différentes entités à l’intérieur des églises organisent généralement des activités au sein même de leurs communautés », explique-t-il. « Au-delà des églises, les entreprises publiques et/ou privées tiennent des agapes ou encore des rencontres pour leurs employés », a ajouté l’animateur d’Alléluia FM. Pour les membres de ces différents ensembles, les évènements sont donc importants et peuvent primer sur des activités proposées par des artistes ou promoteurs. Cela n’empêche pas néanmoins que certains d’entre eux osent avec des affiches qui invitent les gens à sortir. Dans le secteur séculier, les rendez-vous aussi sont nombreux et donc mettent en compétition artistes et promoteurs. Ce qui demande donc à ceux qui proposent des affiches un regain de créativité. Certains osent et font des propositions qui invitent à la fête.

Des affiches à la pelle

De par la concurrence imposée par la période en elle-même, elle regorge donc d’activités. Il y en a qui s’installe d’ailleurs comme des évènements annuels. On aura « le clasico » entre Enposib et Kaï dans le secteur séculier, « Ayiti Gospel Fest » ayant fait ses débuts l’année dernière dans le milieu évangélique, ainsi que «Retro Noël » qui a commencé l’année dernière et qui est se situe à mi-chemin entre les deux secteurs. En dehors de ces rendez-vous annuels, d’autres propositions sont faites pour mettre de l’ambiance auxquels on y ajoute les rendez-vous des entreprises, celles des églises et aussi les cérémonies nuptiales, qui, à cette période, sont aussi plus nombreuses que d’ordinaire.

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Ce ne sont pas les artistes qui vont se plaindre de cette situation. « En décembre, les invitations et affiches quadruplent carrément », affirme Jean Elie Brutus, chanteur évangélique. « Certaines fois, on peut avoir plusieurs prestations au cours d’une seule soirée », a-t-il ajouté. Même son de cloche auprès de Mirla Yzrael du groupe Yzrael Band : « Les gigs augmentent lors de cette période. On est appelé pour différentes prestations, des fois, pour une même date ».

Plus d’argent pour le divertissement ?

Prestation, concert, bal ou festival, quel que soit le nom qu’on leur donne, leur organisation autant que leur participation suscite des coûts, qui, en cette période, peuvent être assez élevés. Pour Louibert Meyer, ceci n’empêche pas du tout aux gens de prendre part aux festivités puisque pour les fêtes de fin d’année, les gens sont plus enclins à dépenser. Certains participants partagent d’ailleurs ce point de vue. Tamara Raphaël, chanteuse et mère l’avoue : « Oui, je suis plus encline à sortir pour Noël et à dépenser plus aussi ». Même cas de figure pour JennyFlore, étudiante qui estime que cette période pousse les gens à se divertir un peu plus qu’aux autres moments de l’année.

D’un autre côté, certains artistes affirment que les cachets peuvent être plus importants quand il s’agit de performer à des dates spécifiques comme le 24 ou le 25 décembre. Qu’il soit du côté des consommateurs ou des artistes, il y a donc plus d’argent qui circule à Noël.

2019, un noël différent

2019 a été l’année du lock. Tous les secteurs ont été marqués par cette paralysie des activités à divers moments de l’année. Artistes, promoteurs en ont fait les frais. « On a dû annuler la deuxième Ayiti Gospel Fest à cause de la conjoncture », rapporte Meyer. Les artistes aussi ont payé le prix fort. « Le nombre d’invitations que j’ai l’habitude d’avoir en cette période est en nette régression cette année par rapport aux années précédentes », affirme Jean Elie Brutus. Medjy du groupe Enposib répondant aux questions de Ticket Magazine a lui aussi fait état d’une grande diminution du nombre de « gigs » que son groupe avait l’habitude d’avoir.

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Les participants habituels aux évènements de fin d’années ne sont pas aussi motivés d’ailleurs pour gagner les rues. « Autrefois, j’étais prête à sortir pour me divertir mais cette année, je n’en ai pas vraiment envie », a affirmé Astride Narcisse. Pour Priscilla Louigene, le budget étant restreint, il faut donc contrôler ses dépenses et s’abstenir de reprendre certaines habitudes pour Noël.

Taliana Lindor, designer, elle aussi a été affectée par la conjoncture. « La présentation de ma nouvelle collection a dû être annulée, certaines commandes refusées aussi. » A un titre ou à un autre, le milieu du divertissement a essuyé bien des revers par rapport à la situation du pays.

En effet, après plus de deux mois dans le dysfonctionnement total à tous les niveaux de la vie nationale, l’économie est en chute libre et tout le monde en pâtit. Cela retentit donc sur le secteur des divertissements. En dehors des considérations économiques, il faut aussi prendre en compte la situation sécuritaire qui jusqu’ici laisse à désirer. En dépit de la reprise des activités, chacun reste sur le qui-vive prêt à se terrer chez eux au moindre dérapage. Les réactions de part et d’autres des protagonistes de la crise font penser que nous vivons sur une poudrière, qui, à n’importe quel moment, peut exploser et remettre en questions tous les projets et plans conçus des mois à l’avance. Sans nul doute, 2019 a été une année différente des autres en Haïti et donc notre Noël forcément ne sera pas le même et en sera aussi affecté.

Vanessa Dalzon avec le support de Banacheca Pierre

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