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[Haïti-insécurité] Kidnapping et indices factices d’opulence

Temps de lecture : 3 minutes

Mise à jour : 1 mars 2020 à 18 h 26 min

Le kidnapping est en recrudescence. Pas de chiffres officiels jusqu’à présent mais on en parle. Des voiturés et piétons ( surtout) se feraient apparemment enlever. Finie la belle époque où nos bandits guettaient les gros coups. Les choses ont changé … ou pas ! De toute façon, les cas d’enlèvements des riches n’ont pas jamais été vraiment récurrents. Cependant, dans nos têtes, ou celles des kidnappeurs, il devait le plus souvent s’agir de coups minutieusement montés, des kout dwèt. Ainsi, le fait de se faire discrets en surveillant sa bouche (ne pas raconter sa vie financière à tout le monde) nous aurait protégés. Aujourd’hui, nous avons l’impression qu’il s’agit de coups au hasard. Une montre, un téléphone, de jolies chaussures porteraient préjudice…

Les témoignages sont de plus en plus nombreux. On sent cependant une certaine indifférence. La presse n’en parle pas assez. Les gens kidnappés ne sont pas assez importants ? Les rançons exigées sont trop dérisoires ? Du moins, préférons-nous jouer à l’autruche jusqu’à ce que l’un de nos proches se voie affecté ou que l’on se fasse personnellement enlever ? De toute façon, aucun des prétendus cas d’enlèvement n’a eu le retentissement de l’affaire Brant. Était-ce parce qu’il impliquait deux grandes familles ? Ou parce que les réseaux sociaux s’en étaient mêlés ? Mieux encore : on s’étonnait peut-être qu’un riche s’adonne à de telles bassesses. Pauvres diables que nous sommes, de peu, nous aurions pensé comme Macron que la richesse est une vertu.

Si le porte-parole de la police nationale avait dénoncé une forme d’intoxication aggravant les choses plus qu’elles ne le seraient en réalité, il serait de bon ton de se demander quelle escalade devront-elles atteindre pour finalement les trouver inacceptables. Aussi, cette recrudescence – comme soulignée par plus d’un – serait survenue en même temps que la fin de mandat de nos très chers honorables. Les bras armés de nos politiques – il ne s’agit plus là d’un secret pour personne – seraient-ils devenus incontrôlables ? Manquerait-il de liquide pour calmer les ardeurs de nos chers “bandi legal” ? Mieux encore : serait-ce là une arme politique comme incendier nos marchés ? Tout est lié dans ce petit pays finalement.

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Quoiqu’il en soit, nos bandits sont affamés. Ils ne préparent plus de grands coups. Ils partent pêcher. Ils partent chasser. Tout est indice : une montre, de jolies chaussures, un téléphone de dernier cri. Tout serait argument à l’enlèvement. De toute façon, comment osons-nous, dans un pays pauvre comme Haïti, être tirés à quatre épingles ? Comment vouloir posséder le dernier iPhone dans un pays où 4 millions sur 12 millions d’habitants sont menacés d’extrême pauvreté ? Cette logique pourrait s’étendre à l’infini : comment oser aller à l’école, à l’université…? Ces arguments utilisés, à certains égards, par l’opposition se sont vus rejeter par le peuple parce que ces derniers ne connaissent pas la réalité du peuple. Ils sont, dans la grande majorité, des privilégiés voulant tout simplement chavirer la chaudière sur leur bord.

Alors que faire ?

Sortir sentant le bouc, le twa-zwazo comme ceux dont on détourne le nez pour mieux respirer ? Porter des chaussures blasées ? Nous débarrasser de nos portables de derniers cris ? Sera-ce suffisant selon vous ? Non… il aurait fallu aussi nous débarrasser de notre attitude suffisante nous faisant comprendre que le simple fait de savoir placer le/ la/ l’ à la place qu’il convient nous rendrait supérieurs.

Ah bon ? Là… c’est franchement donner trop de pouvoir aux bandits ? D’autant plus que ça ne les ramollirait pas. Autant, quitter le pays ? Bon oui… vous êtes piétons, vous roulez une pèpè, vous en payez une par bon, vous vous savez exposés et vous ne partez pas ? Mieux encore, vous vous êtes déjà faits enlever et vous êtes encore là ! Vous ne pouvez sûrement pas partir. Ce n’est pas un problème ! Nous ne pourrons jamais tous partir.

Jouons donc mieux à l’autruche ! Puisqu’il nous faudra de toute façon sortir, soyons moins chèlbè en attendant que notre attitude nous trahisse. Prions – puisque nous ne savons faire que ça – pour que Dieu nous protège. Omwen li a vegle kidnapè yo puisque nos dirigeants, eux, ferment leurs yeux.

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À propos Alain Délisca

Je suis Alain Délisca, un Haïtien. Le reste n'est qu'explorations et heurs.
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