Jacob Jean-Jacques, les aventures littéraires d’un écrivain-chercheur

Temps de lecture : 5 minutes

Mis à jour le 9 novembre 2022 à 10 h 15 min

Poète, écrivain-chercheur, enseignant, opérateur culturel très dynamique dans la ville de Petit-Goâve, Jacob Jean-Jacques continue son entreprise littéraire, ce, même en temps de crise. Profitant de la longue période  » pays lock  » où tout ce qui semble être esthétique, beau, est mis en arrière-plan pour faire place à l’urgence de la vie, il a décidé de lancer une série d’ateliers d’écriture. Pour déconcentrer cette activité dans le cadre de sa recherche doctorale, le chercheur et plus d’une dizaine de passionnés d’écriture et de lecture ont décidé de partir à la découverte d’autres rives. Entre les 7 et 13 novembre prochain, ils se rendront, à bicyclette, dans les départements des Nippes et du Sud pour réaliser trois ateliers, un parcours long de près de 126 kilomètres.

Après avoir réalisé quatre ateliers d’écriture dans la ville de Dany Laferrière, trois nouveaux ateliers d’écriture se tiendront dans les deux départements susmentionnés. Le cinquième atelier aura lieu au lycée de Saint Michel de Miragoâne dans le département des Nippes. Les sixième et septième ateliers d’écriture auront lieu, respectivement, au Campus du RENAFEST dans la commune d’Aquin et dans la métropole du département du Sud.  Pour la ville de Les Cayes, c’est la Structure Ecolo-Jeune d’Haïti (SEJH) qui se chargera de recevoir les aventuriers littéraires dans la matinée du 10 novembre au local de l’IPDEC (Institut de Promotion du Développement de l’Education et la Culture). Puis, dans la soirée, précise Monsieur Jacques, son équipe et des jeunes de la SEJH se rencontreront pour restitution et un récital baptisé « déclaration d’amour et d’amitié d’une ville à une autre ». La commune de Les Cayes se trouve donc au bout de l’itinéraire. Depuis le mois de mai de cette année, se développent des relations d’amitié particulières entre jeunes opérateurs culturels petit-goâvien.ne.s et des jeunes universitaires cayen.ne. s. Nous espérons que ce voyage participera au renforcement de ces liens en vue de la réalisation de projets culturels communs », souhaite Monsieur Jean-Jacques.

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En prélude à la neuvième édition du foire LIVAKTE Camping qui aura lieu du 26 au 30 décembre prochain dans la ville de Petit-Goâve, l’écrivain-chercheur en création littéraire collective a décidé d’expérimenter de nouvelles aventures en dépit de la situation difficile du pays. « Je suis dans une démarche de l’agir très complexe : faire de la recherche création ; redynamiser le projet ANA (Atelier des Apprentis Narrateurs) ; préparer l’esprit des jeunes pour une meilleure qualité de participation à la neuvième édition LIVAKTE Camping », explique-t-il lors d’une interview accordée à notre rédaction.

La pertinence de la recherche

Réagissant sur la pertinence de sa démarche de recherche, le jeune chercheur estime d’abord que ces ateliers génèrent des données pertinentes sur la cohabitation linguistique (Créole-Français) dans les contextes de création littéraire. Ensuite, l’auteur du recueil « Petits Trous », paru aux éditions Goutte-Lettres en 2019, croit que ces ateliers soutiennent sa motivation en considérant que la recherche fait des impacts réels au moment de son développement. Enfin, il soutient que la communauté constitue un partenaire actif important de la recherche en nourrissant la réflexion sur l’agir collectif.


Très satisfait jusqu’à présent…

Pourquoi écrire dans des endroits retirés du centre-ville ? « Faire marcher les jeunes. L’idée de créer un parcours, des traces qui précèdent le moment de l’écriture. Se retirer un peu du monde pour écrire comme pour chercher Dieu. Travailler sur l’habitation des lieux. Créer le temps ensemble. Apprécier la richesse du pays. Réfléchir sur sa dégradation par l’effort humain ». Pour la première série d’ateliers d’écriture, celui qui est également directeur de la Bibliothèque Municipale de Petit-Goâve se dit très satisfait, surtout de la qualité des travaux de création des débutant.e.s. « J’anime ces genres d’atelier établis depuis 2008 à Petit-Goâve dans le contexte de l’ANA (Atelier des Apprentis Narrateurs). Maintenant, c’est inscrit dans un cadre de recherche », s’est réjoui le poète.

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Des aventuriers en témoignent

Grégory BEAUDIN, élève terminal du lycée Faustin Soulouque et participant aux ateliers, dit se sentir bien grâce au fait de pouvoir vivre une telle expérience autour du livre. Cela, avance-t-il, me permettra de lire davantage. « Le fait de voir d’autres gens parler du livre et raconter des histoires, cela me pousse à multiplier mes lectures. Pour l’instant, je travaille sur des projets d’écriture qui seront publiés très prochainement », promet le jeune homme.

«C’est un moment très enrichissant. Écrire loin des endroits bruyants de la ville et être en contact avec la nature, ça me fait du bien. Après ma participation dans les quatre premiers ateliers, je suis en mesure de dire que je reprends un peu de confiance en moi », nous confie Kervens BRICE, étudiant en Communication Sociale à la faculté des Sciences Humaines (FASCH). Et d’ajouter : « Pour l’instant, je suis en mesure d’écrire de nouveaux textes. Après les ateliers, je compte publier mon premier recueil de poème ».

Elle est à sa troisième participation dans cette série d’ateliers d’écriture. Fabrice Reedj RAYMOND estime que ces ateliers tombent à point nommé pour elle, car, elle avait, selon ses dires, besoin de se remarier avec la lecture et l’écriture. « Grâce à ces ateliers, j’ai appris l’importance des liens interpersonnels dans notre production personnelle. Les contenus de ces ateliers sont très intéressants. Ce qui m’est le plus important et pour ma productivité aussi, c’est le lien qu’on arrive à tisser durant le déroulement de ces ateliers », a déclaré la jeune étudiante en Sociologie. Elle précise qu’elle n’a aucun projet d’écriture en cours, elle veut tout simplement retrouver son habilité d’antan dans le domaine de l’écriture.

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Jacob Jean-Jacques est détenteur d’une licence en lettres modernes à l’Ecole Normale Supérieure (ENS). Après, il a réalisé une maîtrise à l’UQAC (Université du Québec à Chicoutimi). Et pour le moment, il est doctorant en Langues et littérature française à l’Université Paris 8. Son projet de thèse s’intitule « Dispositif de lecture et d’écriture collective en contexte post-colonial de cohabitation des langues : expérimentations haïtiennes ».

Wilder Sylvain

À propos Wilder Sylvain

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Je m'appelle Wilder Sylvain. Je suis journaliste-rédacteur également étudiant en Sociologie à la Faculté des Sciences Humaines. Littérature, musique et sujets de société sont mes amis de tous les jours.
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