À la rencontre de Rachel Price Vorbe, lauréate du Prix Deschamps 2022

Temps de lecture : 4 minutes

Dernière modification : 1 décembre 2022 à 18 h 31

L’écrivaine Rachel Price Vorbe vient de remporter la 47e édition du prestigieux Prix Deschamps. Elle est auteure de trois ouvrages dont  » Initiation à la littérature haïtienne contemporaine », « Cet homme, mon père » et « Romanez, l’enfant du pays ». Rachel, critique littéraire de formation, fait montre d’une soif inassouvissable pour les choses de l’esprit, notamment la littérature. Avec son dernier texte « Le pont à deux temps », elle succède à Luis Bernard Henry en charmant les yeux d’un jury composé des écrivains comme Évelyne Trouillot, Evains Wêche, Marie Laurence Jocelyn Lassègue, entre autres. La rédaction de Balistrad a interviewé la diplomée en lettres de l’Université Quisqueya et gagnante en titre du Prix Deschamps.

Balistad : Qui est Rachel Price Vorbe, cette femme de lettres ?

RPV : Rachel Price Vorbe est une mère de famille, une nouvelle grand-mère, une lectrice acharnée et auteure passionnée. Elle est aussi enseignante et critique littéraire.

Balistrad : Vous lisez et écrivez beaucoup, surtout des œuvres littéraires. D’où vient cette passion pour la littérature ?

RPV: Ma passion pour la lecture m’a été transmise par mon père. Ensuite mes intérêts personnels et mes choix de lecture m’ont tout naturellement conduite vers l’écriture. J’aime aussi bien les romans réalistes comme les romans historiques et les biographies.

Balistrad : Vous avez publié votre premier ouvrage en 2014 intitulé « Initiation à la littérature haïtienne contemporaine » chez C3 éditions. Dans cet ouvrage, vous faites choix de 18 écrivains haïtiens pour en parler. Quels ont été les critères de sélection ?

RPV : Il s’agit avant tout d’un intérêt captivant pour leur style et leur sujet. Après avoir lu différents bouquins, j’ai choisi de faire la présentation de ces 18 auteurs à travers leurs œuvres à une nouvelle génération que je côtoyais à travers mon travail. Cette démarche m’avait paru essentielle et c’est dans ce but qu’a émergé « Initiation à la littérature haïtienne contemporaine. » Pour moi, il fallait attirer les regards de cette nouvelle génération sur la qualité du travail de nos auteurs haitiens.

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Balistrad : Vous travailliez dans le secteur privé des affaires avant de faire un saut définitivement dans la littérature en passant par l’enseignement. Le motif de ce choix, c’est…

RPV : Les lettres ont toujours été une grande passion dans ma vie même au temps de mon passage dans le secteur privé. Y travailler a été certes une expérience enrichissante que je ne considère pas du tout comme un accident de parcours, mais plutôt comme le temps qu’il m’a fallu du temps pour atteindre cette maturité littéraire. Dès que je me suis sentie prête, alors je me suis lancée en dépit des grands défis, de mes craintes et de mes appréhensions.

Balistrad : Vous venez de remporter cette année la 47e édition du Prix Deschamps, le plus prestigieux prix littéraire en Haïti. Quelle est votre impression ? Cela vous dit quoi d’être récipiendaire ?

RPV: Si un jour on me l’avait prédit, je me serais probablement demandée lequel de mes textes m’y conduirait. Mais aujourd’hui, c’est non seulement une réalité dans ma vie, une grande fierté mais c’est aussi une façon de me reconnaître moi-même comme étant un auteur.

Balistrad : Quand vous aviez été informée par le jury de votre sacre à la 47e édition du prix Deschamps, quelle a été votre réaction ?

RPV: Emotions contradictoires. Je suis passée d’abord par l’incrédulité puis l’euphorie et enfin la fierté essayant toutefois de me contenir pour ne pas laisser éclater cette explosion de joie et de soulagement et aussi de gratitude qui m’envahissait. Ensuite, il m’a fallu deux jours puis la « quantité de whatsap » pour enfin être totalement convaincue qu’il ne s’agissait que de moi.

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Balistrad: Pourquoi le titre « Le pont à deux temps » ?

RPV: C’est une métaphore à laquelle la lecture du livre donnera la réponse. Néanmoins, c’est l’histoire de vies qui changent, qui évoluent, qui se transforment. C’est l’histoire de l’espoir.

Balistrad : « Le pont à deux temps » grâce auquel vous venez de remporter ce précieux prix parle de quoi ?

RPV: L’histoire raconte des vies. Celles dans la cité des Anges, celles à Port-au-Prince. C’est celle d’une société déchirée en mal de se reconstruire.

Balistrad : «… Avec un souci de comprendre, d’explorer et de trouver l’humain», avons-nous lu dans le communiqué du prix Deschamps. Pourquoi cherchez vous à comprendre la complexité des êtres humains en vous plongeant dans la sauvagerie des gangs en Haïti ?

RPV : Je pense que c’est mon coté citoyen. Je veux comprendre comment et pourquoi nous sommes descendus aussi bas dans l’échelle de la société humaine. A quel moment, Haïti a-t-elle perdu pied et confiance dans l’Humain en général ? Ces questions, je ne cesse de me les poser, sans évidemment trouver une réponse satisfaisante. Alors, j’ai laissé à mon imagination le soin de répondre pour moi.

Balistrad : Après ce prix, quel est votre nouveau projet d’écriture ? Un roman, un essai… ?

RPV : Avant le prix, je travaillais déjà et je n’ai pas encore terminé, un autre roman. Toutefois, rien ne presse, je prends mon temps et aujourd’hui je profite de mon premier petit-fils, Théo et de ma famille.

Balistrad : Une pensée pour toutes les femmes qui veulent se jeter à corps perdu dans la littérature….

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RPV : Que rien ni personne ne vous arrête !

Wilder Sylvain

À propos Wilder Sylvain

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Je m'appelle Wilder Sylvain. Je suis journaliste-rédacteur également étudiant en Sociologie à la Faculté des Sciences Humaines. Littérature, musique et sujets de société sont mes amis de tous les jours.
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