FreeHaïti
Crédit Photo : Nadia Todres

#FreeHaiti: De qui ou de quoi faut-il libérer Haïti?

Temps de lecture : 7 minutes

Mis à jour le 28 mars 2021 à 12 h 54 min

Liste de recommandations et d’actions concrètes à poser pour accompagner le hashtag

L’expression « le pays est en otage » ne devrait étonner aucun Haïtien ni aucune Haïtienne puisqu’on en parle depuis maintenant 35 ans tout au moins. En effet, depuis la chute de l’ancien président Jean-Claude Duvalier, on a l’impression de refaire inexorablement les mêmes erreurs. S’il y a otage, il y a eu forcément capture et séquestration. Le pays se retrouve coincé et enchaîné. Il y a donc lieu de parler de libération.

Le peuple Haïtien cherche à se libérer de qui et de quoi? Les uns diraient de la classe politique actuelle, des États-Unis et de la France, des ONG et des oligarques économiques. Les autres diraient des gangs armés et des kidnappeurs qui sèment actuellement la terreur sur le territoire. Nous cherchons tous [ la grande majorité en tout cas] à nous libérer de la misère, de l’insécurité, du chômage, de l’analphabétisme, du manque de soins de santé. Enfin, nous cherchons à nous libérer de ce cycle de pauvreté. Cependant, le peuple Haïtien devrait songer à se libérer de lui-même et de sa mentalité post-coloniale.

C’est au peuple de faire sa révolution et de prendre sa destinée en main. Des forces armées étrangères peuvent venir en aide mais elles ne feront pas plus que ce que le peuple n’aura pas décider de faire. Les Haïtiens et les Haïtiennes doivent se libérer d’eux-mêmes d’abord car nous sommes les premiers à démolir et à écraser tous les élans de progrès et de développement que nous souhaitons entreprendre. À ce titre, les vagues de critiques contre le hashtag FreeHaiti démontrent qu’il n’y a pas une chose sur laquelle les Haïtiens souhaitent nourrir une vision commune. Devrions-nous être d’accord sur tout? Non. Mais si nous prenons les rues pour protester soit violemment soit pacifiquement, les détracteurs du progrès viennent nous décourager et nous déstabiliser en criant « cela ne mènera à rien! On l’a déjà essayé, vous perdez votre temps! ». Encore, lorsque nous choisissons de crier notre colère et désespoir sur les réseaux sociaux, ils reviennent encore à la charge « Arrêtez de perdre votre temps, prenez les rues! ».

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Ce manque de vision commune et de stratégie collective sont le résultat d’un conditionnement social dès l’enfance découlant surtout de la famille, des espaces religieux et de l’école. Nos dirigeants ne tombent pas du ciel. Ils sont eux aussi produits de la société. Le culte de l’individualisme qu’on connait aujourd’hui n’est pas ce qu’il était avant. Cela a empiré. Le « chacun pour soi » a pris une autre dimension en 2021. On ne cherche qu’à s’enfuir! Il n’y a pas de plan national pour le développement, on constate un désintérêt des jeunes pour la politique, une méfiance des uns des autres et une destruction de tout effort de ralliement.

Parallèlement, le peuple haïtien doit se libérer pour les enfants qui nous observent actuellement et qui prennent note. Il doit aussi se libérer pour les générations futures, les marginaux et les nécessiteux. Cette libération doit aussi se faire pour notre jeunesse en détresse qui laisse le pays en courant et au nom du combat mené par nos ancêtres et la route qu’ils ont tracée. Il est possible sortir de cette oppression socio-politico-économique car d’autres pays qui étaient pauvres sont devenus émergents ou riches. Donc, cette fois au moins, nous n’aurions pas inventé la roue.

FreeHaiti

#FreeHaiti est peut-être le ras-le-bol retentissant des paroles creuses de nos dirigeants et de cette misère qui enfonce la masse dans la plus grande violence. Elle est la volonté renouvelée des couches à participer dans la politique et à poser les bases du développement. Il est donc pertinent de s’attarder sur quelques chantiers à mettre en avant.

L’éducation

Le développement est d’abord le peuple. Il convient alors de chercher comment nous impliquer activement. Cela ne passera que par l’éducation. Il paraît donc important de redécouvrir les archives du passé car il y a un travail de mémoire qui doit être fait pour se souvenir des tragédies et des victoires du passé pour mieux nous orienter et garder nos repères. Cela nous permettra aussi de ne pas reproduire les erreurs du passé.

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Transparence et précision

Il faut exiger de la précision et de la transparence de nos dirigeants. Aussi, il faut exiger qu’ils mettent en place des mesures et des politiques publiques adéquates pour combattre la corruption et l’insécurité. Qui fait quoi et par quels moyens précisément? Ce travail doit se faire par le lobbying des groupes de la société civile, militants etc…

De meilleures politiques publiques

Il faudra aussi songer à exiger de l’État des normes et de meilleures politiques publiques. Les revendications devraient être unanimes ( à tour du moins majoritaires) sur l’augmentation des salaires de certains professionnels dans la sphère publique comme les policiers, les professeurs, les docteurs, infirmiers et infirmières etc. Les maigres salaires sont des débuts d’explication de la corruption.

Le support aux militants

Il faudra aussi songer à supporter financièrement et par la force du nombre les militants. Beaucoup d’entre eux [ ceux qui n’en font pas une profession] sont des professionnels qui exercent leur militantisme à temps partiel. Ils ont besoin d’aide financière et le support d’une grande majorité de la population. On le répète souvent chez nous: men anpil chay pa lou. Dans ce sens, il faudra mettre en avant des militants de moins de 40 ans car ils sont plus connectés avec la jeunesse et avec les moyens technologiques du bord. Ils pourront mieux porter les aspirations d’une jeunesse haïtienne majoritaire.

Le ralliement des partis politiques actuels

Exiger la diminution du nombre des partis politiques actuels renforcera l’unité et la cohésion de l’opposition pour avoir 2 ou 3 leaders populaires comme alternative au président actuel. Cela permettra aussi à l’état de mieux les subventionner pour ne pas donner trop de latitudes à certains membres corrompus du secteur économique. Aussi, cela évitera une utilisation perverse de la multiplicité des partis politiques [comme c’est le cas de nos jours et cede façon même plus détournée] . Les dirigeants au pouvoir utilise l’émiettement des partis de l’opposition pour les exclure et l’émiettement de leurs alliés pour se convaincre qu’ils sont assez représentatifs.

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Sensibiliser les droits et devoirs citoyens

Il faudra sensibiliser et faire campagne tout de suite. Même si les élections demeurent difficiles voire invraisemblables avec l’équipe en place, nous ne demeurons pas moins dans une période électorale. Il nous faudra renouveler notre personnel dirigeant. C’est le moment idéal pour savoir qui allons-nous voter aux prochaines élections. Il faut en même temps qu’on dénonce ceux qui ont échoué et participé au chaos que nous vivons actuellement. Il faudra encourager la promotion des bons et nouveaux leaders politiques. Il faudra surtout veiller à ce que leur financement soit de la population et surtout de l’État afin de ne pas s’entraver d’engagements anti-nationaux. La méthode prônée par la nouvelle constitution est assez intéressante même si le débat sur la procédure de son édiction sont de bonnes guerres.

Renforcer les espaces de discussions socio-politiques et socio-économiques

Cela doit commencer dans les écoles (niveau secondaire et universitaire) et dans tous les milieux éducatifs et culturels pour le grand public. Il faudra aussi songer à inclure dans le curriculum éducatif des livres sur les mouvements sociaux de libération à travers le monde. Il faudra aussi penser à organiser des débats entre les élèves pour les garder stimuler politiquement dès le niveau secondaire. Dans le temps, le Champs de Mars est un grand espace de débats où universitaires, citoyens de toute classes sociales et élèves des classes humanitaires échangaient. La situation sécuritaire a beaucoup affecté la situation.

Une mobilisation constante et continue pour maintenir les revendications

C’est une lutte qui doit se mener sur tous les fronts. Pendant que nous dénonçons les mauvaises actions du gouvernement sur les réseaux sociaux, il faut aussi protester dans les rues et il faut s’organiser sur la scène politique. Le Petrocaribe challenge a perdu de sa superbe par exemple, ce qui est assez normal. Cependant, tenir ces genres de revendications toujours dans l’actualité forcerait les autorités à agir et constituerait un pan non négligeable dans leurs bilans pour se renouveler politiquement.

Mirna Darbie Candé

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À propos Mirna Candé

Haitienne d'abord, citoyenne du monde ensuite. Je m'appelle Mirna Darbie Candé, Analyste des politiques | Avocate pour la justice sociale | M.A Affaires publiques et internationales