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Valentin, où es-tu?

Temps de lecture : 3 minutes

Je suis là. J’ai toujours été là. Je suis un voyageur des siècles, un habitant de ce monde fou. Samson est mort en mon nom, trop confiant pour avouer sa force à une païenne. Les Grecs m’appellent Eros, les Romains Cupidon. Pour Rodrigue, je viens après l’honneur, comprenant trop tard que je suis le tyran qui n’épargne personne.

Je suis la toile de Picasso, la mélodie de Bach, le chef d’oeuvre de Rodin, le Sphinx, le Christ Rédempteur, la Citadelle, le Taj Mahal, les neiges du Kilimandjaro, la mission Appollo 11, la flamme Olympique. Je suis ce monde merveilleux, un voyage à travers le temps, un patrimoine mondial que tu rêves visiter.

Je suis ton premier cri. La joie de ta mère, le rire idiot de celui que tu appelleras Père. Je suis cette grande soeur qui t’attendait, cette famille qui te dit Bienvenue, espérant que tu pourras changer les choses. Je suis ton prénom, ton sevrage parfait et ton sommeil tranquille. Je te vois sourire, et je vois que tu n’as pas de dents. Pourtant tu es mignon, tes yeux brillent. Tu ressembles à ton père, ça se voit rien qu’à ton nez. Je t’accompagne quand tu apprends à marcher. Ta mère t’attend à l’autre bout, trop attentive à éviter ta chute. Je suis ta première dent. Les autres suivront, les célébrités sont passées par là. Car j’ai toujours été là. Je change quand tu changes de jouet. Car c’est ton âge de jeter le grand camion dans un coin, pour adopter cette nouvelle bagnole, pas plus grande que ta paume. Je suis ton gâteau d’anniversaire, la bougie que tu contemples, le ballon que tu protèges, le jeu amusant avec les enfants du quartier. Je suis ton enfance, et tu grandis au milieu des tiens, témoignant ma présence par un câlin, un bisou, un sourire.

Je suis tes pleurs du premier jour de classe. L’uniforme te va très bien, mais la maîtresse te fait peur. Tu vas t’habituer, toi aussi tu le sais. Dans quelques jours, tu ne voudras plus rester chez toi. Tu apprendras à plumer. Ce sera la tête, les yeux, la queue d’une alouette. Tu chanteras beaucoup, tu sauras compter. Denise, Max et toi serez inséparables. Je suis le Ciel des jeux de marelle, ce joli ruban rouge que tu portes, ces baskets que tu agaces et qui brillent à chacun de tes pas. Je suis les vacances d’été, ta promotion au Primaire.

Je suis ce garçon en CM2, qui te paraît très très grand. Il te protège, car tu es poltron. Je suis l’infirmière qui te soigne. Tu as couru trop vite sur la cour de récré, ton genou est tout rouge. Elle est si gentille que tu n’as pas pleuré. Je suis ton premier bulletin, les étoiles qui accompagnent ton nom au tableau d’honneur, la mention A de ta maîtresse. Je suis les friandises que te donnent ta soeur. Cette porte qu’elle ferme à clé, juste pour que tu la laisses étudier. Ta soeur change tous les mois, ta mère parle de règles. Tu ne comprends rien. Et tu ne connaîtras jamais ce phénomène. Le garçon qui vient la voir, sourit toujours quand elle
arrive. Tu le trouves méchant, parce que ça fait un peu mal. Tu grandis, tu franchis le Secondaire. Je suis le discours du prêtre lors de ta graduation. Le bal de fin d’année. Je suis cette déesse qui danse avec toi. Elle est plus âgée que toi, c’est elle qui t’a dépucelé. Je suis vos rendez vous secrets, ces baisers au clair de lune, le bouquet de fleurs, la lettre parfumée, ta démarche quand tu l’as vue pour la première fois, cette boucle de cheveux qu’elle manipulait.

Je suis ce métier bien appris, le premier travail, le premier chèque. L’aumône que tu donnes au pauvre, ta place que tu cèdes à ce vieillard. Le patient que tu rassures, le client que tu défends, le pourboire que tu laisses au serveur. Je suis cette surprise ô combien réussie, car tu l’as rendue heureuse ce soir. Je suis ce mariage réussi. Ce bouquet de fleurs sera pour Denise, elle espère se marier bientôt. Je suis la lune de miel, le ventre de ta femme qui grossit.

Je suis l’équipe qui gagne. Ta chanson préférée. Ce super héros que tu chéris. Je suis ton ami. Ton meilleur ami. Je vaux bien plus que du chocolat. Je suis toujours là, mais tu ne le sais pas. Puisque tu m’appelles Valentin. Je m’appelle Amour, et je fête tous les jours.

Yvan Jean Verlaine PIERRE

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À propos Yvan Jean Verlaine PIERRE

Yvan Jean Verlaine Pierre, 27 ans, médecin résident en Service Social. Amant de livres, d'aventures et de musique.
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