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TRIANGLE

Temps de lecture : 5 minutes

Mis à jour le 17 avril 2019 à 15 h 48 min

J’ai trouvé quelqu’un qui me regarde comme moi je te regarde;                        Qui me parle comme moi je te parle; Quelqu’un pour qui mon sourire est la plus grande richesse.

Il prend les larmes que tu fais couler pour des perles qu’il essaie de rattraper.

J’ai trouvé quelqu’un qui me regarde comme s’il n’y avait rien d’autre dans les environs;
Et qui me supplie de prendre l’amour que je te supplie de me laisser te donner.
J’ai trouvé quelqu’un qui me veut avec les qualités que tu prends pour des défauts,
Quelqu’un qui me donne le rôle principal là où tu n’as même pas voulu le dernier.
J’ai trouvé quelqu’un qui voit une femme en la petite fille que tu vois,
Qui voit la femme de sa vie, la mère de ses enfants en celle que tu ne prendrais même pas pour un soir.
Oui… J’ai trouvé quelqu’un qui me donne ce que tu ne veux pas recevoir de moi,
Qui prend le soin de lire mes textes que tu ignores.
J’ai trouvé quelqu’un qui rit à gorge déployée à mes blagues que tu ne trouves pas drôles,
Qui m’appelle beaucoup plus souvent que toi.

Il a su reconnaître mes valeurs que ta cupidité t’empêche de voir.
J’ai trouvé quelqu’un qui fait tout pour garder ce que tu n’as pas voulu prendre,
Quelqu’un qui a peur de perdre ce que tu as failli avoir.

Mieux! J’ai trouvé quelqu’un qui s’accroche à moi comme je m’accroche à toi. Et l’ironie du sort, j’ai trouvé quelqu’un que je traite comme toi tu me traites.

Jour J

Je me suis reprise en main car il n’a jamais mérité ce que je lui faisais subir. Tout comme moi, je n’ai jamais mérité ce que tu me faisais subir. Son plus grand péché a toujours été d’aimer ce que tu n’as pas voulu aimer. Peut-être qu’un jour, son plus grand succès sera de réussir là où tu as échoué. Ce jour-là sera notre JOUR J.

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Je me suis toujours demandé à quoi pensaient les femmes quand elles rentraient à l’église dans leur belle robe blanche, leur bouquet en main et un voile sur le visage. À quoi pensaient-elles en ce jour si important? Je me suis toujours interrogée à ce sujet jusqu’à ce que je me retrouve à l’entrée de cette église, vêtue de blanc, mon bouquet de roses rouges en main, et ce voile derrière lequel se cachait ma joie si intense.

Il est là, debout devant l’hôtel, le garçon de mes quinze ans. Je l’ai rencontré lors d’une sortie qu’on avait organisée avec le groupe du cours d’informatique. Il est là, tout souriant et il me semble que la dernière chose qui lui passerait à l’esprit en ce moment serait le jour de notre rencontre.

Ce jour me revient en mémoire comme si c’était hier. Je portais l’unique jeans que j’avais à l’époque et un corsage violet qui était totalement inapproprié à la sortie (On allait en milieu naturel, il va de soi qu’il me fallait porter un t-shirt).

Je me revois toute petite et frêle sous mon parasol suivie par ce garçon si craquant que je n’avais jamais vu auparavant dans le cours. Il portait des lunettes de soleil. Ma curiosité me poussa à lui demander de les enlever. Je voulais me rassurer qu’elles ne lui servaient pas à dissimuler sa laideur surtout elles étaient un peu trop noires à mon goût. J’entends encore sa voix, si prétentieux qu’il était, me dire : «Je refuse de les enlever de peur que tu ne tombes amoureuse de mes yeux.»

Je l’envoyai sur les ronces. Il me rendit la pareille. En enlevant ses lunettes, ses yeux, d’une couleur assez rare, difficile de discerner s’ils étaient bruns ou noirs, me foudroyaient. Mon cœur fit un bond. Néanmoins je refusais d’admettre que ses yeux m’envoûtaient déjà, comme il l’avait prédit.

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On s’était subitement rapproché l’un de l’autre. On passa la journée ensemble, à se raconter nos vies. À la fin de la journée, quand il me demanda quelle serait ma réaction s’il me volait un baiser… Je répondis que je lui rendrais son baiser. Mais il n’avait rien tenté, et pendant longtemps je m’étais haïe de lui avoir laissé clairement voir qu’il avait raison à propos de ce qu’il avait avancé sur ses yeux et bien plus encore. Après ce jour, comme s’il s’était évaporé, je ne l’avais plus revu.

Un jour, on s’était retrouvé par hasard sur Facebook pour se reperdre à nouveau. Ensuite nous nous retrouvions par le biais d’une amie commune. Entre temps, je l’avais complètement oublié. J’avais grandi et fait des expériences. Il y eût Bruno et l’autre côté du triangle.

Il était revenu juste au moment où l’autre me rejetait. Il était tout là, et souffrait en me regardant souffrir. Je prenais plaisir à lui faire exactement les mêmes choses que l’autre me faisait. Je le détruisais… Je me détruisais et … je nous détruisais. Malgré tout, il persistait à vouloir me faire remémorer le fameux jour de mes quinze ans. Il luttait pour rallumer cette flamme de l’innocence qui était, selon moi, éteinte à tout jamais. À force de lutter, il avait fini par nous détacher de ce triangle infernal. Mes yeux s’étaient finalement ouverts. Cette fois-ci , je m’étais jurée de ne plus le laisser partir. Cette histoire me fait aimer encore plus ce fameux dicton: “Le monde est petit”. Ni lui ni moi n’avions pensé que cette journée allait se transformer en un « pour la vie ». Il m’était destiné, rien ne pouvait nous empêcher de nous retrouver à nouveau. Cette fois, c’était pour ne plus jamais se perdre.

Aujourd’hui, dans quelques minutes je vais signer dans ce registre. Lui aussi. Je n’ai jamais été si heureuse d’apposer ma signature sur un morceau de papier. Le morceau de papier qui symbolisera notre union, le morceau de papier qui me rappelle que nous avons toujours été faits l’un pour l’autre.

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Lorsqu’il a soulevé ma voile, après toutes ces années j’ai enfin découvert la vraie couleur de ses yeux: “Brun foncé. Ils étaient brun foncé”.

ISAAC Justine en collaboration avec Ingrid HERMINAL

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À propos Justine ISAAC

Étudiante en sciences juridiques à l'Université Quisqueya. Je suis une Cayenne passionnée de l'écriture et de la lecture.
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