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Mary Ellen pleasant premiers noirs millionnaires
Mary Ellen Pleasant | © Photo : blackinhistory.tumblr.com

Mary Ellen Pleasant, un(e) des premier(e)s noir(e)s millionnaires, a utilisé une technique audacieuse pour construire sa fortune

Temps de lecture : 5 minutes

Mis à jour le 18 juillet 2020 à 22 h 58 min

Mary Ellen Pleasant, n’est sûrement pas connue de partout, mais son histoire peut rivaliser avec n’importe quel grand entrepreneur américain. Dans les années 1800, Pleasant devint une des premières afro-américaines millionnaires aux Etats-Unis en dépit des obstacles importants qu’elle a dû affronter en tant que femme noire.

Pleasant utilisa sa jugeote, créant un important portfolio qui valait à cette époque $30 millions – une fortune qui ferait d’elle presqu’une milliardaire de nos jours. Elle utilisa sa fortune pour aider la cause des abolitionnistes à travers le pays tout en aidant la fuite d’esclaves par le Underground Railroad* pour s’installer dans des états libres. Et voici son histoire.

Comment a-t-elle conçu sa fortune ?

Née en 1814 (certains biographes disent qu’elle est née esclave sur une plantation de la Géorgie, alors qu’elle prétend être née libre en Pennsylvanie), Pleasant était séparée de ses parents dès son plus jeune âge et travailla comme domestique pour une famille blanche du Massachussetts, ou l’esclavage fut essentiellement illégal depuis la fin du 18e siècle. C’est là, qu’elle a appris à lire, et travailla dans un atelier, mais n’a jamais eu une éducation formelle.

« Je me suis souvent demandée que serais-je devenue avec une éducation », écrit Pleasant dans son autobiographie publiée en 1902. « J’ai laissé de côté les livres pour étudier la relation homme-femme, une bonne échange ».

Justement, Pleasant déménagea à San Fransico en 1852 pendant la Ruée vers l’Or (Californie entra dans l’union en tant qu’état libre, non esclavagiste en 1850). Elle travailla en tant que servante domestique et chef [cuisinière] pour de riches hommes d’affaires.

De riches hommes blancs seraient dédaigneux d’une afro-américaine dans leur sillage, et Pleasant prit avantage de cela, selon le New-York Times. Pleasant utilisa la proximité et l’anonymat dont elle bénéficiait pour recueillir d’innombrables conseils précieux en matière d’investissements en écoutant la conversation de ses employeurs. En fait, une historienne avança l’hypothèse que Pleasant travaillant en tant que servante domestique justement pour piquer des conseils d’investissements et de juteux ragots.

Mary Ellen Pleasant s’est fait un nom et a fait fortune à San Francisco à l’époque de la ruée vers l’or
Crédit photo : theparisreview.org

« C’est probablement les emplois de domestique qui ont servi de couverture car elle a fait fortune par des investissements » statua Lynn Hudson, en 2003 dans la biographie The Making of ‘’Mammy Pleasant’’

Pleasant gagnait près de $500 par mois comme cuisinière quand elle débarqua à San Francisco a l’âge de 38ans, et investissait de sommes importantes de son salaire et épargna dans des propriétés et autres opportunités qu’elle a entendu parler, tels que l’or et l’argent.

Elle a également acheté diverses entreprises locales, commençant par les blanchisseries. Dans les années 1860, Pleasant était propriétaire d’une chaine de blanchisseries prospères et d’une série de pensions – où elle se déguisait souvent en servante pour se faire oublier plus facilement.

Pleasant rencontra également un concierge de banque nommé Thomas Bell qui l’aida dans ses investissements dans ce qui allait être un partenariat commercial sur le long terme forgé dans l’objectif de rendre les deux parties extrêmement riches. Et pour éviter la discrimination, ou tout simplement des questions sur comment une noire a pu accumuler autant de richesses, Pleasant a placé bon nombre de ses investissements au nom de Bell, qui était blanc, selon le New York Times.

Les deux achetèrent et partageaient les journées de blanchisseries, de restaurants et même de la Banque Wells Fargo, qui fut fondé à San Francisco en 1852. Beaucoup d’historiens estiment que leurs fortunes combinées s’élèveraient à $30 millions (une somme qui serait équivalente a $864 millions aujourd’hui, avec l’inflation).

Mary Ellen Pleasant, une des premières femmes d’affaires afro-américaines et abolitionniste.
Crédit photo : Everett Collection / Alamy

Etant que riche Afro-Américaine dans les années 1800, Pleasant ne se vantait pas de sa richesse – elle ne la cachait pas non plus. Elle construisit une maison de 30 chambres, estimée à $100 000 a l’époque ($2,4millions aujourd’hui) en plein cœur de la ville de San Francisco, dans ce qui est actuellement le quartier riche de Lower Pacific Heights. Dans sa biographie, l’historienne Lynn Hudson décrit la maison comme une « somptueuse mansion Victorienne meublée de meubles multigénérationnels avec une grande cour »

Pleasant vivait dans cette maison avec Bell et sa famille, alors qu’elle avait également acheté d’autres propriétés vers la fin du 19e siècle, incluant un ranch a Sonoma Valley au nord de San Francisco de [985 acre] (une propriété qui est devenue un vignoble avec lit et petit déjeuner).

Pour résultat, elle obtint de l’animosité et de vicieuses rumeurs qui la peignèrent comme une des maitresses de Bell, et dénigrèrent ses pensions comme des maisons closes pendant qu’elle clamait pratiquer du vaudou.

Supporter la cause

Tout au long de sa vie, Pleasant supporta la cause menant à l’abolition de l’esclavage, en aidant les esclaves à s’échapper.

Avant d’arriver à San Francisco, Pleasant était mariée à un riche marchand métis et abolitionniste qui apparemment lui légua un héritage à sa mort. (Pleasant se maria deux fois sans avoir d’enfant). Durant les années 1840, Pleasant utilisa cet héritage pour les frais de transport des esclaves vers les états du nord et au Canada.

Une fois à San Francisco, Pleasant continua à offrir de l’assistance financière aux anciens esclaves utilisant tant l’argent de son défunt mari que sa fortune personnelle.

Pleasant trouvait souvent des emplois et des logements pour les afro-américains ayant fui l’esclavage via Underground Railroad.

Au fur et à mesure que sa fortune et son statut social grandissait à San Francisco, Plesant prit position publiquement en faveur des droits civiques, notamment en poursuivant deux compagnies de tramways pour discrimination raciale. Ces cas initièrent le chemin vers la déségrégation des tramways de la ville. Ce qui lui valut le titre de “mère des droits civiques’’ en Californie.

Pleasant avait investi dans l’effort anti-esclavagiste. Elle admit avoir transféré $30 000 (plus de $850 000 en valeur d’aujourd’hui) a l’abolitionniste John Brown pour financer son raid de 1859 contre l’arsenal fédéral a Harper’s Ferry, une occasion pour provoquer une plus large révolte dans le sud des Etats-Unis, d’après l’historienne Lynn Hudson.

Elle décéda dans la pauvreté

Alors que les actions de Pleasant lui ont valu la reconnaissance locale (un petit parc à San Francisco porte toujours son nom), sa richesse n’a pas duré jusqu’à la fin de sa vie. Après la mort de son partenaire, Bell en 1892, la veuve de ce dernier intenta une action en justice contre Pleasant pour le contrôle de leur fortune partagée.

Plesant perdit la bataille légale en grande partie parce que ses finances étaient si liées à celles de Bell qu’il était difficile de savoir ce qui était la sienne. Les accusations dans les journaux locaux ne l’ont pas aidées non plus. Sa réputation a pris un sérieux coup. Les journaux et tabloïds prétendaient qu’elle dirigeait des maisons closes, et qu’elle pratiquait du vaudou pour avoir l’emprise sur son défunt partenaire en affaires.

En conséquence, elle perdit une grande partie de sa fortune et fut éjectée de sa maison de San Francisco, en dépit du fait qu’elle montra à la cour de justice, les preuves prouvant qu’elle a dessiné le building et payé pour la construction, selon The Paris Review.

Pleasant fut plongée dans la pauvreté et dut vivre squattée chez des amis jusqu’à sa mort en 1904 à 90 ans.

Underground Railroad : filière clandestine qui aidait les esclaves à fuir les plantations du Sud.

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Repéré par Ney Zulmé sur CNBC.

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À propos Rodney Zulmé

Je suis Rodney Zulmé, rédacteur à Balistrad, étudiant finissant en Économie & Finances à l'IHECE. Passionné de scénarios et de thrillers. Chaque jour est une vie, à travers l'écriture, travaillons à la beauté des choses.
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