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Initiation: C’est quoi le slam ?

Temps de lecture : 4 minutes

Mis à jour le 25 février 2020 à 21 h 25 min

Pratique poétique, poésie urbaine, orale ou quoi encore ? Visiblement, faire du slam implique une compréhension poétique avant toute autre chose.

Né aux États-Unis en 1987 d’une initiation de Marc Smith, le slam comme poésie orale allait bien vite se propager un peu partout à travers le monde. Il y a maintenant le slam français ; canadien ; belge ; suisse allemand ; africain ; haïtien, etc. Des slameurs comme Grand Corps Malade et Abd Al Malik ont imposé leurs styles au niveau du slam français par exemple. Si on se réfère aux derniers albums de ces gigantesques slameurs mondiaux: Plan B; Le noir à l’épée, respectivement de Grand Corps et de Malik, on peut comprendre que le slam porte une surréalité, une urgence artistique et thérapeutique en son sein. Certes, l’émancipation du slam est une très bonne chose pour le monde artistique, mais la problématique se situe maintenant dans les compréhensions multiples, souvent contradictoires par rapport à son sens fondamental. C’est quoi le slam ? Comment et pourquoi il est né ? Quand commence t-on réellement à faire du slam ? Ce texte veut confronter des compréhensions de penseurs et d’artistes ou de compréhensions historiques répandues par rapport à la chose. Ce qui permettra de comprendre le sens fondamental du slam. On pourra aussi établir une différence par rapport au rap au final.

Pourquoi le slam ?

Dans ses débuts, le slam était créé pour mieux canaliser la poésie. C’est-à-dire une poésie en oralité prend plus de vie. Ce qui donnerait au slam son caractère urgent et important vis-à-vis de la poésie uniquement écrite dans un livre. D’ailleurs, les ballades au moyen-âge avaient les mêmes buts. Comme si le slam existait déjà avec la poésie même. Du coup, cette première compréhension veut nous forcer à comprendre que faire le slam est avant tout faire de la poésie, avant de choquer, de frapper le public par rapport à l’oralité. Il faut savoir qu’il a été créé par des poètes, comme Marc Smith par exemple. Maintenant le slam est dit, à travers le monde, dans les bars; cafés; programmes culturels; réceptions, etc. Portant cultures, histoires et réalités souvent révolutionnaires.

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Sylvia Zappi : Entretien avec Grand Corps Malade, slameur

Sylvia : Comment on arrive à écrire des poèmes quand on a eu un rapport difficile à l’écrit ?

G. C. M. : C’est la magie du slam. Tout le monde est capable de le faire. Ça fait du bien, ça valorise. C’est pour ça que c’est important d’en faire à l’école : quand on aborde la poésie par le slam, on découvre des gamins qu’on n’entend jamais en classe, déclamant un petit bout de texte. Les élèves ont l’impression que ça leur parle, que c’est une culture faite pour eux. Trop souvent, ils ont le sentiment que la poésie c’est seulement les récitations qu’ils doivent apprendre par cœur, ou les textes qu’ils doivent écrire, sans jeu avec la langue. Le slam montre qu’il y a un lien entre l’écriture et ce qu’ils vivent. C’est aussi ça la culture populaire parce qu’elle est accessible.

Les propos de Corinne Tyszler (psychanalyste et psychiatre) dans sa différence entre slam et rap. Deux styles vraiment liés.

« Je ne le séparerais pas du rap puisqu’il est un « cousin » de celui-ci, au sens qu’il emprunte au hip-hop le rythme, le tempo, la mélodie du phrasé. La différence avec le rap, c’est que les rimes n’y sont pas obligatoires et qu’il n’y a pas de musique instrumentale, en tout cas pas nécessairement. C’est le slameur qui crée son propre rythme selon la récitation du poème qu’il fait. […] Le slam est une discipline oscillant entre poésie et performance théâtrale. […] « Spoke and word », comme il était initialement nommé, est devenu aujourd’hui poésie urbaine. » (Corinne Tyszler, 2007)

Notre compréhension de la chose peut toujours évoluer, vu les réalités culturelles et personnelles, mais la substance restera la même. Et cette dernière, c’est la poésie. Le slam haïtien connaît à l’heure actuelle une grande réputation. Des artistes professionnels et débutants, des entités culturelles se sont mis dans l’affaire dans le but de dire leurs réalités. Dire autrement, avec rhétorique et émotions, serait le début même du slam. “… La dimension éthique de la poésie se transforme en une esthétique de la parole incarnée et médiatisée par le spectacle.” (FRANÇOIS PARÉ, 2015, p. 89–103)

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Slamer simple c’est bon, car chacun a un texte à sortir par nécessité thérapeutique et liberté existentielle; mais slamer dans l’image, c’est mieux. L’art nécessite toujours un dépassement dans l’entendement, c’est une magie.

Pascal Apollon

Références
• François Paré.<<Esthétique du Slam et de la poésie orale dans la région frontalière de Gatineau-Ottawa>> Poètes et poésies en voix au Québec (XXe-XXIe siècles). Volume 40, Numéro 2, Hiver 2015, p. 89–103
• Sylvia Zappi.<<Entretien avec Grand corps malade, slameur>>. Dans Mouvements 2009/1 (n° 57), pages 67 à 70
• Tyszler, Corinne. « Entre rap et slam : un souffle nouveau dans la langue ? », Journal français de psychiatrie, vol. 34, no. 3, 2009, pp. 16-18. Disponible en ligne à l’adresse suivante : https://www.cairn.info/revue-journal-francais-de-psychiatrie-2009-3-page-16.html.
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À propos Pascal Apollon

Je suis Pascal Apollon, écrivain, poète, slameur, critique littéraire, responsable de la communication et des relations publiques à la société du samedi soir, présentateur d’émission et psychoéducateur stagiaire à Foyer Lakay (Faculté de psychoéducation du Campus Henry Christophe de l'Université d’État d’Haïti à Limonade). J'ai trois livres publiés en Haïti et en France, entre 2016 et 2018: J’aurai peut-être dix-huit ans ; Tche wòb Valantin et Grog, ''l'isolement'' . Je vis au Nord, plus précisément entre le Cap-Haïtien et Limonade.
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