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Spencer Platt / Getty Images News

Les intox tueront les haïtiens bien avant le Covid-19

Temps de lecture : 4 minutes

Mis à jour le 23 mars 2020 à 22 h 33 min

Progressivement, l’Europe est en train de devenir l’épicentre de la pandémie Coronavirus (Covid-19). Par ailleurs, Haïti est l’un des rares pays à ne pas encore enregistrer de cas officiels. Toutefois, les intox font croire à toutes sortes de trucs imaginaires. 

Ces temps-ci, les choses peuvent rapidement basculer. Une nuit, on fait la fête bruyamment et le lendemain, on se retrouve en quarantaine. Et là réside toute la difficulté de devoir passer des sourires aux visages fermés lorsqu’on tourne les pouces chez soi.

Alors que tous les Etats sont en état d’alerte maximale pour protéger leur population, des personnes de mauvaise foi et des incrédules véhiculent des affirmations totalement fausses créant une situation de panique chez les plus fragiles. Dans le flot des faits invraisemblables, on retrouve celui de la résistance des noirs au virus, car jusqu’à peu, il n’y’avait aucun écho fort de noirs ayant été testés positif. Des blagues ont même fusé contre ces blancophiles si nombreux dans notre société qui se dépigmentent pour avoir une peau plus claire.

“Lè viris lan rive isit m pral wè fo grimèl yo”

 

À quelque chose, malheur est bon. Il a fallu confirmer la contamination de Donovan Mitchell, joueur de Utah Jazz pour balayer cette thèse. Des camerounais ont été contaminés suite au contact de deux ressortissants français en guise de suppléments de preuves.

Qui d’entre vous n’a pas entendu le dicton “Mikwòb pa tiye ayisyen” ? Certains en ont même faits leur leitmotiv quand ils devaient aller ramasser de la fripouille à la décharge de Truitier et continuellement au centre-ville dans les marchés insalubres. Des slogans qui continuent à faire leurs routes alors que hier encore des cas de choléra et de chikungunya étaient recensés et qu’à chaque pluie diluvienne, une dizaine de cas de malaria et de typhoïde s’ensuivent. Malgré cela, certains se croient malins de ne pas suivre les consignes de prévention parce qu’ils sont déjà imbibés de virus.

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Si le virus ne sévit pas – encore – en Haïti, c’est pour la simple et bonne raison que le pays n’est pas ouvert au monde extérieur comme on pourrait le croire. L’affluence à l’aéroport international Toussaint Louverture n’est pas la plus élevée des Caraïbes et le climat insécuritaire dissuade beaucoup d’étrangers de pointer le bout de leurs nez sur un territoire dans lequel ils pourraient difficilement respirer.

Pour qu’il y’ait contamination sur le territoire, il faudrait un contact direct avec une personne venant de l’extérieur l’ayant attrapé. Le Ministère de l’intérieur a interdit dans une note l’entrée sur le territoire d’avions de ligne provenant des pays touchés.

Le seul moyen d’être sur la longue liste des pays touchés reste la tranmission par la frontière haitianno-dominicaine qui est aussi étanche qu’Adrian dans les cages de Liverpool. Ce qui n’a pas empêché aux troupes de pseudos informateurs d’annoncer des cas de contamination dans les zones sans pouvoir fournir de preuves à l’appui.

À l’approche de la vieillesse, certains peuvent se sentir un peu perdus, à l’image de certains qui ne savent plus très bien comment se protéger. Une auditrice – au son de sa voix visiblement âgée – a demandé à un animateur si le virus se propageait vraiment dans l’air…

Dans cette situation désespérée que la population a l’impression de subir, la solution la plus facile reste encore pour certains de désigner un coupable : en l’occurrence, les blancs. Une marchande d’hareng m’a confié sur le ton de la confidence d’un espion des romans de Le Carré : “te janm gen viris vre, se on plan blan yo fè pou yo ka toupizi nou”

Face au virus, nous sommes tous logés à la même enseigne comme nous le rappelle les cas de contaminationeñ dans les hautes sphères, nous ne devrions pas nous laisser berner par des informations non vérifiées et qui émanent de cerveaux aussi gros qu’un pois chiche.

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On dit que le ridicule ne tue pas. On dit aussi que ce qui ne tue pas rend plus fort. Peut-on en conclure que le ridicule rend plus fort? Ce qui ne tue pas rend plus fort? Pas si sûr… En définitive, l’inverse est sans doute bien plus vrai. Heureusement qu’on ne peut être plus fort contre le Coronavirus (Covid-19) qu’en respectant les mesures préventives.

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À propos Rodney Zulmé

Je suis Rodney Zulmé, rédacteur à Balistrad, étudiant finissant en Économie & Finances à l'IHECE. Passionné de scénarios et de thrillers. Chaque jour est une vie, à travers l'écriture, travaillons à la beauté des choses.
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