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Femmes au foyer au premier degré , femmes au passé?

Temps de lecture : 4 minutes

Mis à jour le 24 mai 2019 à 12 h 44 min

La femme au foyer ne date pas d’hier. Il ne s’agit pas d’une tendance nouvelle, elle est même séculaire. Si les occidentaux s’érigent en pionniers dans la question des droits de la femme, il ne faut pas oublier qu’ils ont été ceux qui ont aussi imposé le machisme féroce aux sociétés africaines majoritairement matriarcales. Les survivances de ses tares occidentales se pérennisent encore dans la culture haïtienne si bien que la décantation homme/femme veut que les hommes aillent travailler tandis que les femmes restent au foyer. Si l’âge de pierre voyait les femmes tisser les nattes pendant que les hommes bêchent la terre, les luttes menées par les femmes obligent tout le monde à se rendre à l’évidence: il n’est plus question de genre, de sexe mais il s’agit de vivre pleinement – et ceci de façon épanouie – sans avoir recours à quelqu’un d’autre pour satisfaire ses besoins primaires. Occuper les enfants ne paraît plus d’entrée de jeu une tâche allouée aux femmes. Chacun peut finalement décider de son sort.

Si en deux cent quinze ans d’histoire, Haïti n’a connu qu’une présidente quoi qu’elle fût élue provisoirement, les femmes n’en demeurent pas moins le socle de la société haïtienne. La société machiste et sexiste qu’est la nôtre les marginalise . À cette marginalisation s’ajoute une construction nécessaire faisant penser aux femmes que la politique serait l’affaire des hommes. Le quota ne viendra pas en ce sens changer grand chose. S’il est vrai que les hommes aiment s’imposer, il n’est pas faux non plus que les femmes aiment se faire mener. Ceci n’est la résultante d’une éducation, rappelons-le, dont la femme tire largement les ficelles. Garçons et filles sont appelés à passer la majeure partie de leurs temps avec leurs mères. Ces dernières sont alors les mieux placées pour leur injecter les premières doses d’inégalités.

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Aujourd’hui, beaucoup d’aménagements ont été apportés dans certains pays comme le Canada et des pays de l’Europe pour valoriser le statut de la femme au foyer. Elles ont un salaire et une assurance. Elle sont donc femmes au foyer par choix et non par résignation. Ce qui laisse donc comprendre qu’il s’agit d’une possibilité ouverte aux hommes qui n’affectera en rien leur soit-disant masculinité. Cette décision a non seulement réduit considérablement le niveau de chômage mais aussi assuré aux enfants un certain équilibre. Des enfants ayant au moins la présence d’un des parents s’en sortira beaucoup mieux.

En Haïti, nous sommes malheureusement encore très loin de telles avancées. Nous sommes malgré les luttes acharnées de beaucoup de femmes engagées contre la logique où l’objectif qui prime dans la vie est de trouver un compagnon pouvant répondre à tout. Cela ne veut pas dire pour autant que les aménagements du statut de la femme au foyer enlèveront toute envie d’un compagnon assez établi pour n’avoir à ne pas trop forcer son talent . Cependant la logique de la femme assistée est encore bien enracinée ; ce malgré la classe sociale et le niveau d’éducation.

Il sera rare qu’une femme veuille dépenser à proportion de son salaire même si ce dernier serait plus élevé que celui de son compagnon. Cette logique de femme au foyer ( au sens premier ou au sens péjoratif) est présente même dans les pays où les luttes féministes ont gagné beaucoup de terrain et le statut de la femme au foyer valorisé. En Haïti, les réticences à une nette égalité entre hommes et femmes ,malgré de nombreuses avancées en la matière et la situation économique précaire de la majorité des femmes , n’ont fait qu’accentuer une telle situation. Si bien que celles qui arriveront à une certaine situation ne se sentiraient pas totalement à l’aise avec un homme gagnant beaucoup moins qu’elles. En ce sens, en donnant le monde aux femmes, ne le remettraient-elles inconsciemment aux hommes ?

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La logique de la femme au foyer au premier degré ne concerne pas uniquement les femmes mais toute la société. Ces luttes pour l’égalité devront aussi porter l’égalité économique. Si une femme a du mal à accepter qu’elle gagne beaucoup plus que son mari, sa lutte pour l’égalité de salaire se voit du même coup freinée. Cela va sans dire que cette lutte doit passer par une éducation à l’égalité. Une éducation, dans l’état actuel des choses en Haïti, qui sera majoritairement portée par les femmes. Elles seules pourront vraiment porter les changements pour éradiquer les effets de la femme au foyer au premier degré. Sinon, les luttes pour l’égalité ne seront que de grands coups d’épée dans l’eau.

Wood Guerlin TELLUS

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À propos Wood Guerlin Tellus

Je suis Wood Guerlin TELLUS, étudiant en Sciences de Réhabilitation ( Ergothérapie ) à l'Université Épiscopale d'Haïti.
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