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Dévastée

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Le bruit, le bruit… Le choc des mots.. L’heure sombre… non. Non. Je ne peux pas crier. Je n’ai plus de bouche. Elle ne m’appartient plus. Ces mains, ces griffes. Je sais plus. Je ne peux rien. Je ne suis rien. Pitié mon Dieu. Aide-moi. Où es-tu ? S’il te plaît. Viens. Non. Tu ne viendras pas. Je suis à eux. Ils sont en moi, ils sont sur moi, ils sont partout autour de moi. Je ne sais plus. Je ne vois plus. J’ai mal ! J’ai mal partout. Les coups. Oui. Je les sens, ces coups. Les coups de poing, les coups de butoir, les pressions sur mon coup, le sang qui coule dans mon intimité. Non. Je n’en ai plus. Je ne suis qu’un objet. Leur objet.

Ils sont partis. Moi je ne peux plus bouger. Suis-je encore en vie ? Que suis-je ? Un objet, tu es un objet. Ils te l’ont dit, non ?

Il faut que je me lève. Personne ne doit me voir. Personne ne doit savoir. L’hôpital. Le suicide. M’enfermer. Qu’importe ? Je ne sais plus. Je n’ai plus rien, plus rien de vivant.

Non. Ce bruit. Ces gens derrière moi. Pas encore. Pitié. Je dois courir. Je ne veux plus. Je ne peux plus.
– Ou anfòm ti cheri ?
– Wi. Mwen byen. Mèsi.

Qu’avais-je d’autre à dire avec le souffle coupé, les larmes dévalant mon visage et les vêtements déchirés ? Je ne veux que rentrer. Je ne veux pas de problème. Ce n’étaient pas eux. Mais combien y en a-t-il ? Je ne sais pas qui sont ces gens. Leur nombre me fait peur. J’ai très peur. Je veux me replier. Je veux avancer. Mon Dieu ce bruit… incessant. Non. Dieu n’existe pas. Il est simplement ailleurs.

Je suis tout près. Que vont dire mes parents ? Je suis désolée. Je ne l’ai pas cherché. Ils le savent. Et les autres ? Que diront-ils ? Non. Ils ne sauront rien. Je ne sortirai plus. Je ne parlerai pas. Je suis un objet… un objet…

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Je suis devant la porte. Je n’ose pas sonner. Je me sens si sale. Et cette douleur ! Oui, elle persiste. Elle est là. Elle veut que j’en finisse. Elle me tire encore et encore. Je ne peux pas entrer. Pas en loques. Je ne veux pas voir leurs visages. Je veux rester seule. Je le suis déjà. Je n’arrive plus à respirer.

Ça tourne.. Ça tourne tout autour. La nuit, toujours la nuit. Ces gens, ce bruit, ces mots… Et encore…

Enigre

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