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[Car Wash Party] Rêve retardé, Djovanny Pierre, énième victime des brutalités policières

Temps de lecture : 4 minutes

Mis à jour le 28 juillet 2020 à 21 h 37 min

Ce dimanche 19 Juillet 2020, Djovanny Pierre, un jeune licencié en Droit a été tabassé par des policiers à la rue Oswald Durand, près de la faculté de droit et des sciences économiques à Port-au-Prince. Il sortait d’une CAR-WASH PARTY à la rue de l’enterrement. Contrairement aux personnes qui voulaient se défouler, sa présence était motivée par la volonté de rassembler des fonds pour payer ses études à l’Université Sherbrooke au Canada.

Un rêve retardé

Djovanny Pierre est un jeune licencié en Droit à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques et un étudiant finissant en Psychologie à la Faculté des Sciences Humaines. Ayant reçu une admission pour poursuivre au niveau master ses études en Droit International et Politique Internationale Appliquées (DIPIA) à l’Université Sherbrooke au Canada en septembre prochain, Djovanny n’arrivait pas à réunir les fonds nécessaires pour payer ses études. Malgré ses diverses tentatives auprès des institutions publiques et privées, toutes les portes restaient fermées.

La pandémie de la COVID-19 n’a rien arrangé à la situation du licencié en Droit. Son cas n’est pas singulier. En effet, plusieurs jeunes licenciés désireux de poursuivre leurs études dans le but d’aider le pays sont contraints, malgré leur admission au sein d’une université étrangère, de retarder ou tout simplement de revoir leur objectif par manque de fonds.

L’adage dit qui ne tente rien n’a rien. Djovanny a vu dans la CAR WASH PARTY une opportunité de vendre des boissons afin de réunir les fonds pour ses études. Durant les festivités « CAR WASH Party », le dimanche 19 juillet suivant a été rapporté à la rédaction de Vant Bèf info au moins une personne a été tuée et plusieurs autres blessées à la rue de l’Enterrement en plein Cœur de Port-au-Prince suite à l’intervention de la Police pour disperser la foule qui était venue se « détendre » selon certains.

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Djovanny Pierre et sept autres jeunes ont été interpellés par la police le 19 juillet près de la Faculté de Droit et des Sciences Economiques plus précisément près de Adoue Restaurant, très connu par la communauté estudiantine. Selon une note qu’il a partagée sur les réseaux sociaux, Djovanny a expliqué: « La police m’a interpellé car je portais un t-shirt blanc, signe de ma présence aux activités Car-Wash Party à la rue de l’Enterrement. » Suite à son interpellation, les autres jeunes qui l’accompagnaient ont subi des coups et blessures par les policiers. Il a aussi rapporté: « Ils n’avaient commis aucune infraction mais ont été frappés et maltraités par un groupe de policiers. »

Amené au garde à vue du Poste de commissariat de la Caserne des Pompiers où il a passé la nuit, il a déclaré que parmi les 12 jeunes présents au poste seulement un seul avait commis une infraction: « À cause de mon arrestation, j’ai été obligé de verser la somme au « Majò » de la cellule. » Il a été relâché le lendemain.

Quid de la loi

Car-Wash ou Body-Wash party est une activité entreprise récemment dans les quartiers populaires de Port-au-Prince pendant les périodes estivales. Elle est en partie une « activité récréative » avec des animations sonores et des lances à eau sans pour autant laver des voitures. Ces activités pendant la semaine du 13 juillet ont suscité beaucoup de débats dans les médias au point où l’ancien Commissaire du Gouvernement près du Tribunal de la Première Instance, Me Jacques Lafontant avait pris position contre cette « festivité » en raison de la crise sanitaire de la COVID-19.

Si les violences policières sont au cœur de l’actualité mondiale, les violences policières ont éte et sont toujours au cœur de l’actualité en Haïti. Pour plus d’un, il s’agit d’une culture. Malgré l’existence d’un cadre légal protégeant les citoyens, force est de constater que les violences policières perdurent encore dans la société haïtienne.

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Selon les faits rapportés par Djovanny, il n’avait commis aucune infraction ni refusé d’obtempérer aux sommations des policiers devant justifier les coups et blessures par les policiers. Aussi, l’article 24-2 de la constitution de 1987 prescrit : « l’arrestation et la détention sauf en cas de flagrant délit n’auront lieu que sur un mandat écrit d’un fonctionnaire légalement compétent ». L’article 9 du Pacte International Relatif aux Droits Civils et Politiques dont le pays est signataire précise que : « Tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne. Nul ne peut faire l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraire ». En plus, selon l’article 10 de la loi du 29 novembre 1994 portant sur la création, organisation et fonctionnement de la police nationale d’Haïti : « Hors les cas de flagrant délit, les autorités et membres de la police ne peuvent procéder à aucune arrestation, perquisition ou visite sauf dans les conditions et mode prévus par la loi et notamment le code d’instruction criminelle ».

Enfin, le droit et les normes internationaux exigent que les munitions réelles ne soient utilisées qu’en dernier recours et lorsqu’elles sont strictement pour se protéger contre une menace imminente pour la vie ou des blessures graves. La protection du citoyen doit être en priorité lors des interventions de la police. Si la police au cœur de ses interventions maltraite les citoyens, qui nous protégera d’elle? Ces actes restent souvent impunis en Haïti. On poursuit les enquêtes jamais les criminels.

Si la crise sanitaire oblige les autorités à prendre des mesures particulières, ces dernières ne doivent en aucun cas déroger aux principes fondamentaux des droits humains auxquels Haïti a adhéré. Disperser une foule en temps de Coronavirus est normal, impératif mais tabasser des gens qui ont obtempéré aux sommations même s’ils étaient fautifs est illégal.

Naiza Fadianie Saint-Germain

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