Photo : AFP / Valérie BAERISWYL

De 2000 à 2022, le calvaire des journalistes haïtiens

Temps de lecture : 3 minutes

Mis à jour le 9 novembre 2022 à 14 h 42 min

Roberson Alphonse, Robest Dimanche, Tess Gary et Romelson Vilcin sont quatre journalistes victimes à cause de leurs professions qui viennent compléter une longue liste datant de plus de deux décennies. À quand une véritable liberté d’expression et le respect du métier de journaliste en Haïti ?

74 ans après l’adoption de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) par l’Assemblée générale des Nations Unies, la liberté d’expression et de presse n’a jamais pris tout son sens en Haïti. Et ce ne sont pas les évènements de ces 20 dernières années qui nous feront dire le contraire. Les journalistes sont pris pour cible et en paient le prix de leurs vies. La liberté d’expression et de presse est un droit fondamental de l’être humain qui lui est garanti par la DUDH. L’article 19 de cette charte fondamentale prévoit : « tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».

En Haïti, ce droit, comme bien d’autres malheureusement, n’est ni garanti ni préservé. Exercer le métier de professionnel de l’information devient un risque auquel très peu osent s’exposer. Le sort souvent réservé aux journalistes est de subir le martyre ou une mort violente sans que jamais les victimes n’obtiennent justice. De 2000 à 2022, nous pouvons compter une panoplie de journalistes susceptibles d’illustrer nos propos. C’est d’ailleurs un triste panorama pour l’un des pays les plus pauvres des Caraïbes et du monde miné par des crises multisectorielles incessantes. Des journalistes sont d’années en années tués, assassinés ou disparaissent à répétition.

Les interminables enquêtes se poursuivent

Tué par balle devant l’entrée de sa station de radio, au cœur de la capitale, en avril 2000, Jean Léopold Dominique était le journaliste le plus populaire de son époque. Une année plus tard, soit en décembre 2001, le journaliste Brignol Lindor a quant lui été lynché à Petit-Goâve. Le corps sans vie de Jacques Roche avait pour sa part été retrouvé, quatre jours après son enlèvement, visiblement torturé avant son exécution, en juillet 2005.

Quelques années plus tard, soit le 14 mars 2018, le photojournaliste Vladjimir Legagneur est sorti réaliser un reportage à Martissant et n’est jamais rentré chez lui. Son corps n’a pas été retrouvé. Rospide Pétion a été tué par balles au volant de sa voiture dans la soirée du lundi 10 au mardi 11 juin 2019 dans le quartier de Portail Léogâne sis à Port-au-Prince.

Pas plus tard que l’an dernier, les journalistes Antoinette Duclaire et Diego Charles ont été exécutés lors d’une longue série de tueries à Delmas (Christ-Roi, Carrefour Samida jusqu’à Delmas 32) qui a compté environ 15 victimes. Netty a été criblée de balles au volant de sa voiture alors qu’elle discutait avec son ami journaliste Diego Charles qui est, lui, tombé par terre, atteint de plusieurs projectiles, devant sa maison.

2022, encore et toujours

Les plus récents en date sont les très jeunes journalistes Tyson Latigue et Frantzsen Charles qui ont été assassinés. Les deux ont été tués puis brûlés le dimanche 11 septembre 2022 dans la commune de Cité-Soleil par des hommes armés du gang G-9, tandis qu’ils s’y rendaient afin de réaliser un reportage avec les parents d’une adolescente tuée d’une balle perdue à Brooklyn.

Octobre 2022. Tess Gary est retrouvé mort après près de huit jours de disparition. Le visage défiguré et sa partie génitale enlevée, le journaliste a été maltraité avant d’être exécuté et son cadavre a été abandonné sous un pont à Les Cayes. Roberson Alphonse a été sauvé de justesse après avoir essuyé plusieurs projectiles alors qu’il était en route pour la présentation de son émission traditionnelle à Magik9.

Robest Dimanche a été arrêté dans l’exercice de ses fonctions le matin du dimanche 30 octobre 2022 couvrant un évènement à Delmas 47. Incarcéré au commissariat de Delmas 33, plusieurs confrères journalistes lui ont porté secours et se sont rendus au commissariat pour exiger sa libération et enregistrer les faits. Réprimé par la police, le journaliste Romelson Vilcin a été atteint d’une balle en pleine tête et est décédé dans l’enceinte de la cour du commissariat.

Les enquêtes se poursuivent… !

La peur au ventre, la mort en attente, l’injustice pour espoir ou l’exil. À ce jour, aucun de ces assassinats n’ont été élucidés. La fameuse formule « l’enquête se poursuit » est la seule information que l’on peut retenir des autorités pour chacune des victimes. Les familles sont encore dans l’attente de justice pour leurs proches tout en sachant, qu’au mieux, elle n’arrivera jamais.

C’est dans ce contexte que doit exercer un journaliste dans un pays où toutes les couches sociales manquent de tout. La peur au ventre, la mort en attente, les quelques journalistes qui s’y adonnent sont soient résignés, soient corrompus, ou contraints à l’exil pour exercer librement leur travail sans crainte de quelconque représailles.

Filisner DIEUJUSTE

À propos Filisner Dieujuste

Filisner DIEUJUSTE, jeune étudiant en linguistique à la Faculté Linguistique Appliquée (FLA) de l’Université d'Etat d'Haiti (UEH) et en journalisme à ISNAC. Passionné de littérature, futur linguiste, aspirant juriste, psychologue et politologue haïtien comptant s'investir dans la vie éducative, intellectuelle et politique de son pays. Aspirant écrivain.
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